Paris, le 15 thermidor an 10 (3 août 1802).
Réponse du premier consul, à une députation du sénat[44].
Sénateurs, La vie d'un citoyen est à sa patrie. Le peuple français
veut que la mienne toute entière lui soit consacrée... J'obéis à sa
Volonté...
En me donnant un nouveau gage, un gage permanent de sa confiance, il
m'impose le devoir d'étayer le système de ses lois sur des institutions
prévoyantes. Par mes efforts, par votre concours, citoyens sénateurs,
par le concours de toutes les autorités, par la confiance et la volonté
de cet immense peuple, la liberté, l'égalité, la prospérité de la France
seront à l'abri des caprices du sort et de l'incertitude de l'avenir....
Le meilleur des peuples sera le plus heureux, comme il est le plus digne
de l'être, et sa félicité contribuera à celle de l'Europe entière.
Content alors d'avoir été appelé par l'ordre de celui de qui tout émane,
à ramener sur la terre la justice, l'ordre et l'égalité, j'entendrai
sonner la dernière heure sans regret, et sans inquiétude sur l'opinion
des générations futures. Sénateurs, recevez mes remercimens d'une
démarche aussi solennelle. Le sénat a désiré ce que le peuple français a
voulu, et par là il s'est plus étroitement associé à tout ce qui reste à
faire pour le bonheur de la patrie. Il m'est bien doux d'en trouver la
certitude dans le discours d'un président aussi distingué[45].
[Footnote 44: Le sénat venait de rendre (le 14 thermidor) le
sénatus-consulte suivant:
Art. 1er Le peuple français nomme et le sénat proclame Napoléon
Bonaparte premier consul à vie.
2. Une statue de la paix tenant d'une main le laurier de la victoire,
et de l'autre le décret du sénat, attestera à la postérité la
reconnaissance de la nation.
3. Le sénat portera au premier consul l'expression de la confiance, de
l'amour et de l'admiration du peuple français.]
[Footnote 45: Barthélémy, aujourd'hui membre de la chambre des pairs.]
Paris, le 27 thermidor an 10 (15 août 1802).