BONAPARTE.

[Footnote 41: Le sénat venait de rendre un sénatus-consulte portant

réélection de Bonaparte au consulat pour dix années à ajouter aux

dix années qui lui étaient déjà dévolues par l'article 39 de la

constitution.]

[Footnote 42: Napoléon Bonaparte à l'île Sainte-Hélène en est un nouvel

et terrible exemple.]

Paris, le 24 floréal an 10 (14 mai 1802).

_Réponse du premier consul à une députation du corps législatif[43]._

Les sentimens que vous venez d'exprimer et cette députation solennelle

sont pour le gouvernement un gage précieux de l'estime du corps

législatif.

J'ai été appelé à la magistrature suprême dans des circonstances telles,

que le peuple n'a pu peser dans le calme de la réflexion le mérite de

son choix.

Alors la république était déchirée par la guerre civile; l'ennemi

menaçait les frontières; il n'y avait plus ni sécurité ni gouvernement.

Dans une telle crise, ce choix a pu ne paraître que le produit

indélibéré de ses alarmes.

Aujourd'hui la paix est rétablie avec toutes les puissances de l'Europe;

les citoyens n'offrent plus que l'image d'une famille réunie, et

l'expérience qu'ils ont faite de leur gouvernement les a éclairés sur la

valeur de leur premier choix. Qu'ils manifestent leur volonté dans toute

sa franchise et dans toute son indépendance; elle sera obéie: quelle que

soit ma destinée, consul ou citoyen, je n'existerai que pour la grandeur

et la félicité de la France.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

[Footnote 43: L'ambition de Bonaparte n'était pas encore satisfaite des

dix années ajoutées à sa magistrature par le sénatus-consulte cité

plus haut. Les deux autres consuls, sans doute d'après son impulsion,

arrêtèrent le 20 floréal (10 mai) que le peuple français serait consulté

sur cette question: Napoléon Bonaparte sera-t-il consul à vie? Cet

arrêté fut converti en loi par le corps législatif, et une députation

de cent dix membres fut chargée d'en instruire Bonaparte. C'est à cette

députation que Bonaparte va répondre.]

_Réponse à la députation du tribunat, envoyée pour le même objet._

Ce témoignage de l'affection du tribunat est précieux au gouvernement.

L'union de tous les corps de l'état est pour la nation une garantie de

stabilité et de bonheur. La marche du gouvernement sera constamment

dirigée dans l'intérêt du peuple, d'où dérivent tous les pouvoirs, et

pour qui seul travaillent tous les gens de bien.

_Le premier consul_, BONAPARTE.

Paris, le 18 prairial an 10 (7 juin 1802).

_A la censure de la république italienne._

L'époque de la réunion des collèges, premiers organes de la souveraineté

du peuple italien, sera célèbre un jour dans l'histoire de l'Italie.

Les choix que vous avez faits me paraissent remplir l'espérance qu'on

avait conçue de vous.

J'ai été très-sensible à tout ce que votre lettre contient d'aimable

pour moi... La république italienne jouit de la liberté, du bonheur,

et retrouve toute la dignité d'une nation indépendante dans ses

institutions actuelles!... Un de mes voeux les plus chers se trouve

rempli.

Votre situation s'est considérablement améliorée depuis six mois.

Elle sera encore améliorée davantage d'ici à la prochaine réunion des

collèges.

Je pourrai alors, je l'espère, passer un mois au milieu de vous.

Je saisis cette circonstance pour témoigner au vice-président Melzi,

et aux grands fonctionnaires de la république, ma satisfaction de leur

conduite.

_Le président de la république italienne_, BONAPARTE.

Paris, le 18 prairial an 10 (7 juin 1802).

_Au citoyen Guicciardi, secrétaire-d'état de la république italienne._

Citoyen Guicciardi, _consultore_ d'état de la république italienne, je

vois avec plaisir que les trois collèges et la censure vous ont choisi

pour remplacer un homme que je regrette pour ses bonnes qualités et

le bon usage que je lui ai toujours vu faire de sa fortune et de son

influence. Vous êtes nommé _consultore_ d'état; soyez dans ces fonctions

importantes uniquement attaché à la patrie. Vous n'appartenez plus à

aucun département. N'ayez jamais en vue que l'intérêt et la politique de

la république entière.

_Le président de la république italienne_, BONAPARTE.

Paris, le 21 messidor an 10 (10 juillet 1802).

_Proclamation aux Français._

Français!

Le 14 juillet commença, en 1789, les nouvelles destinées de la France.

Après treize ans de travaux, le 14 juillet revient plus cher pour vous,

plus auguste pour la postérité. Vous avez vaincu tous les obstacles, et

vos destinées sont accomplies. Au dedans plus de tête qui ne fléchisse

sous l'empire de l'égalité; au dehors, plus d'ennemi qui menace votre

sûreté et votre indépendance, plus de colonie française qui ne soit

soumise aux lois, sans lesquelles il ne peut exister de colonies. Du

sein de vos ports le commerce appelle votre industrie et vous offre les

richesses de l'univers; dans l'intérieur, le génie de la république

féconde tous les germes de la Prospérité.

Français, que cette époque soit pour nous et pour nos enfans l'époque

d'un bonheur durable; que cette paix s'embellisse par l'union des

vertus, des lumières et des arts; que des institutions, assorties à

notre caractère, environnent nos lois d'une impénétrable enceinte;

qu'une jeunesse avide d'instruction aille dans nos lycées apprendre à

connaître ses devoirs et ses droits; que l'histoire de nos malheurs

la garantisse des erreurs passées, et qu'elle conserve, au sein de la

sagesse et de la concorde, cet édifice de grandeur qu'a élevé le courage

des citoyens.

Tels sont le voeu et l'espoir du gouvernement français; secondez ses

efforts, et la félicité de la France sera immortelle comme sa gloire.

_Le premier consul,_ BONAPARTE.

Paris, le 29 messidor an 10 (18 juillet 1809).

_Au très-haut et très-magnifique dey d'Alger; que Dieu le conserve en

prospérité et en gloire._

Je vous écris cette lettre directement parce que je sais qu'il y a de

vos ministres qui vous trompent et qui vous portent à vous conduire

d'une manière qni pourrait vous attirer de grands malheurs. Cette lettre

vous sera remise en mains propres par un adjudant de mon palais. Elle a

pour but de vous demander réparation prompte et telle que j'ai droit de

l'attendre des sentimens que vous avez toujours montrés pour moi. Un

officier français a été battu dans la rade de Tunis par un de vos rais.

L'agent de la république a demandé satisfaction et n'a pu l'obtenir.

Deux bricks de guerre ont été pris par vos corsaires, qui les ont amenés

à Alger et les ont retardés dans leur voyage. Un bâtiment napolitain

a été pris par vos corsaires dans la rade d'Hières, et par là ils ont

violé le territoire français. Enfin, du vaisseau qui a échoué cet hiver

sur vos côtes, il me manque encore plus de cent cinquante hommes qui

sont entre les mains des barbares. Je vous demande réparation pour tous

ces griefs, et ne doutant pas que vous ne preniez toutes les mesures

que je prendrais eu pareille circonstance, j'envoye un bâtiment pour

reconduire en France les cent cinquante hommes qui me manquent. Je vous

prie aussi de vous méfier de ceux de vos ministres qui sont ennemis de

la France; vous ne pouvez pas avoir de plus grands ennemis; et si je

désire vivre en paix avec vous, il ne vous est pas moins nécessaire de

conserver cette bonne intelligence qui vient d'être rétablie, et qui

seule peut vous maintenir dans le rang et dans la prospérité où vous

êtes; car Dieu a décidé que tous ceux qui seraient injustes envers moi,

seraient punis. Si vous voulez vivre en bonne amitié avec moi, il ne

faut pas que vous me traitiez en puissance faible; il faut que vous

respectiez le pavillon français, celui de la république italienne qui

m'a nommé son chef, et que vous me donniez réparation de tous les

outrages qui m'ont été faits.

Cette lettre n'étant pas à une autre fin, je vous prie de la lire

avec attention vous-même, et de me faire connaître par le retour de

l'officier que je vous envoie ce que vous aurez jugé convenable de

faire.

_Le premier consul de la république française, président de la

république italienne,_ BONAPARTE.

Paris, le 8 thermidor an 10 (27 juillet 1802).

_Au corps législatif de la république italienne._

Législateurs, J'ai vu avec une vive satisfaction la réunion du corps

législatif. Vous devez, dans cette première session, jeter les bases de

l'administration. Le premier budget qui ait été fait en Italie va vous

être présenté. Les recettes, les dépenses, la dette publique, ont

également besoin d'un système stable, uniforme, caractère essentiel de

la loi.

Un objet que vous jugerez non moins important, c'est la loi qu'on va

vous présenter pour la conscription militaire: une armée nationale

peut seule assurer à la république la tranquillité intérieure, et

la considération à l'extérieur. Un état voisin qui n'avait ni la

population, ni la richesse de la république, était parvenu à former une

armée qui s'est souvent acquis de la gloire et qui l'a placé pendant

long-temps au rang des puissances considérables. Que le corps législatif

n'oublie pas que la république doit être la première puissance de

l'Italie. Le corps législatif ne peut pas mieux me témoigner la vérité

des sentimens qu'il m'exprime, qu'en travaillant de tous ses efforts

a la consolidation de l'état et en pesant les principes qui doivent

assurer sa gloire et sa grandeur.

Le président de la république italienne, BONAPARTE.

Paris, le l4 thermidor an 10 (2 août 1801).

Au ministre de l'intérieur.

Je vous prie, citoyen ministre, de faire placer à l'Hôtel-Dieu un marbre

dédié à la mémoire des citoyens Desault et Bichat, qui atteste la

reconnaissance de leurs contemporains pour les services qu'ils ont

rendus, l'un à la chirurgie française, dont il est le restaurateur,

l'autre à la médecine, qu'il a enrichie de plusieurs ouvrages utiles.

Bichat eût agrandi le domaine de celle science si importante et si chère

à l'humanité, si l'impitoyable mort ne l'eût frappé à vingt-huit ans. Je

vous salue.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome III. · 第 265 / 342 题