Au Caire, le 25 thermidor an 7 (12 août 1799).
Au général Desaix.
J'ai reçu, citoyen général, votre lettre du 18 thermidor; j'approuve
complètement les projets que vous avez formés. Vous n'aurez
effectivement achevé votre expédition de la Haute-Egypte qu'en
détruisant Mourad-Bey. Il est devenu si petit, qu'avec quelques
centaines d'hommes montés sur des chameaux, vous pourrez le pousser dans
le désert et en venir à bout.
Je vous ai demandé le bataillon de la soixante-unième, afin de reformer
cette demi-brigade et de lui donner quelques jours de repos à Rosette.
Dès l'instant que vous serez venu à bout de Mourad-Bey, je ferai relever
toutes vos troupes. Je prépare, à cet effet, la treizième et une autre
demi-brigade. Je serais d'ailleurs fort aise d'avoir vos troupes s'il
arrivait quelque événement, ou sur la lisière de la Syrie, ou sur la
côte. Les nouvelles que j'ai de Gaza ne me font pas penser que l'ennemi
veuille rien entreprendre: ce n'est pas une chose aisée. Il n'y aurait
de sensé pour lui que de s'emparer d'El-Arich, et lorsqu'il l'aurait
pris, il n'aurait fait qu'un pas. Quant à l'opération de traverser le
désert, il faut rester cinq jours et même sept sans eau. Il serait
difficile, même impossible de transporter de l'artillerie, ce qui les
mettrait bon d'état de prendre même une maison.
Je donne ordre qu'on vous envoie quatre pièces de 3 vénitiennes qui
sont extrêmement légères. Je vous laisse la vingt-unième, la
quatre-vingt-huitième, la vingt-deuxième et la vingtième.
Dès l'instant que l'inondation aura un peu couvert l'Egypte, j'enverrai
le général Davoust, comme cela avait été mon projet, avec un corps de
cavalerie, d'infanterie, pour commander les provinces de Fayoum, Miniet
et Bénêçoùef: jusqu'alors, laissez-y des corps de troupes; arrangez vous
de manière que vous soyez maître de ne laisser qu'une centaine d'hommes
à Cosseir; que Keneh puisse contenir tous vos embarras, et que
vous puissiez, en cas d'invasion sérieuse, pouvoir rapidement et
successivement replier toutes vos troupes sur le Caire.
Faites filer sur le Caire toutes les carcasses de barques, avisos ou
bricks appartenant aux mameloucks, nous les emploierons pour la défense
des bouches du Nil.
J'ai reçu des gazettes anglaises jusqu'au 10 juin. La guerre a été
déclarée le 13 mars par la France à l'empereur. Plusieurs batailles ont
été livrées; Jourdan a été battu à Feldkirch, dans la forêt Noire, et
a repassé le Rhin. Schérer, auquel on avait confié le commandement
d'Italie, a été battu à Rivoli, et a repassé le Mincio et l'Oglio.
Mantoue était bloquée. Lors de ces affaires, les Russes n'étaient point
encore arrivés, le prince Charles commandait contre Jourdan, et M. Kray
contre Schérer.
L'escadre française, forte de vingt-deux vaisseaux de guerre et de
dix-huit frégates, et partie de Brest dans les premiers jours d'avril,
est arrivée au détroit, a présenté le combat aux Anglais, qui n'étaient
que dix-huit, et est entrée à Toulon. Elle a été jointe par trois
vaisseaux espagnols. L'escadre espagnole est sortie de Cadix et est
entrée à Carthagène: elle est forte de vingt-sept vaisseaux de guerre,
dont quatre à trois ponts; une nouvelle escadre anglaise est, peu de
jours après, entrée dans la Méditerranée, et s'est réunie à Jervis et
à Nelson. Ces escadres réunies doivent monter à plus de quarante
vaisseaux. Les Anglais bloquent Toulon et Carthagène.
Le ministre de la marine Bruis commande l'escadre française.
A la première occasion, je vous enverrai tous ces journaux.
Corfou a été pris par famine. La garnison a été conduite en France.
Malte est ravitaillée pour deux ans.