Au Caire, le 24 thermidor an 7 (11 août 1799).
Au général Kléber.
J'arrive à l'instant, général, au Caire. Le maudit château d'Aboukir
nous a occupés six jours. Nous avons fini par y avoir huit mortiers et
six pièces de 24. Chaque coup de canon tuait cinq à six hommes. Enfin,
ils sont sortis le 15 en foule sans capitulation et jetant leurs armes.
Quatre cents sont morts dans les premières vingt-quatre heures de leur
sortie, il y avait six jours que ces enragés buvaient de l'eau de la
mer. On a trouvé dans le fort dix huit cents cadavres; nous avons en
notre pouvoir à peu près autant de prisonniers, parmi lesquels le fils
du pacha et les principaux officiers.
On va vous envoyer des pièces de campagne, afin que vous en ayez six à
votre disposition. Procurez-vous des chevaux.
Rien de bien intéressant d'aucun côté.
Je vous enverrai demain ou après une grande quantité de galettes
anglaises, où vous verrez d'étranges choses.