Au Caire, le 29 messidor an 7 (17 juillet 1799).
_Au général Desaix._
Mourad-Bey a été au lac Natron, citoyen général; il n'a pas trouvé le
rassemblement des bayouchi et des mameloucks: il est retourné: il a
couché la nuit du 25 au 26 aux pyramides. Bertram, chef des Arabes, lui
a fourni ce dont il avait besoin: il a disparu. Il est, à ce que mande
le général Murat, au village de Dachour, à six ou sept heures d'ici:
cela me contrarie beaucoup.
Le 24, une flotte turque, composée de cinq vaisseaux de ligne, trois
frégates, cinquante à soixante bâtimens légers ou de transport, a
mouillé dans la rade d'Aboukir. Je n'ai des nouvelles de Damiette que du
23.
Ibrahim-Bey est à Gaza, où il menace. Le général Lagrange a nettoyé les
ouadis, près le camp des mameloucks, descendus de la Hautes-Egypte, tué
Osman-Bey-Cherkaoui et chassé le reste dans le désert; mais il occupe
le reste de ma cavalerie: ainsi il faut, dans ce moment, contenir
Mourad-Bey qui est sur la lisière de la province de Gizeh, Osman-Bey,
etc., et pourvoir au débarquement. Vous voyez qu'il est nécessaire de
prendre des mesures promptes et essentielles.
Je suis fâché que le général Friant n'ait pas suivi Mourad-Bey, ou du
moins il ne devait pas, étant à portée du Caire, s'en éloigner sans
savoir ce que j'en pensais.
Il faut vous approcher de Bénêçoùef, réunir toutes vos troupes en
échelon, de manière à pouvoir en peu de jours, être au Caire, avec la
première colonne et les suivantes, à trente-six heures d'intervalle les
unes des autres; tenir à Cosseir cent hommes, autant dans le fort de
Keneh. Si le débarquement est une chose sérieuse, il faudra évacuer la
Haute-Egypte, laissant vos dépôts en garnison dans vos forts; s'il n'est
composé que de cinq ou six mille hommes, alors il faut que vous envoyiez
une colonne pour contenir Mourad-Bey, le suivre partout où il descendra,
dans le Bahhireh, le Delta, la Scharkieh ou dans la province de Gizeh.
Pour ce moment, mon intention est que vous vous prépariez à un grand
mouvement, et que vous vous contentiez de faire partir de suite une
colonne pour poursuivre Mourad-Bey. Vous la dirigerez sur Gizeh.
Je pense que vous aurez fait partir tous les hommes des septième de
hussards, quatorzième, troisième et quinzième de dragons: nous en avons
bien besoin. Je vais me porter dans le Bahhireh, avec cent hommes de
mes guides, pour toute cavalerie. Je suis fâché que Destrée ne soit pas
parti avec son régiment.