Rahmanieh, le 2 thermidor an 7 (21 juillet 1799).
_Au général Kléber._
Nous arrivons à Rahmanieh, citoyen général; l'adjudant-général Jullien
m'apprend que l'avant-garde de votre division arrive à Rosette, et que
vous-même n'en êtes pas éloigné avec le reste de votre division.
Il paraît que l'ennemi a décidément débarqué à Aboukir, et est dans ce
moment maître de la redoute.
Ma ligne d'opération sera Alexandrie, Birket et Rosette. Je me tiendrai
avec la masse de l'armée à Birket. Le général Marmont est à Alexandrie,
et vous vous trouverez à Rosette l'un et l'autre ayant à peu près autant
de monde, de sorte que vous vous trouvez former la droite, le général
Marmont la gauche, et je suis au centre. Si l'ennemi est en force, je me
battrai dans un bon champ de bataille, ayant avec moi ou ma droite ou
ma gauche: celle des deux qui ne pourra pas être avec moi, je tâcherai
qu'elle puisse arriver pour servir de réserve.
Birket est à une lieue de la hauteur d'Elouah et à une lieue du village
de Bécentor, village assez considérable. Prenez tous les renseignemens
nécessaires sur la situation d'Efkout, village sur la route de Rosette à
Aboukir par rapport a Birket, et tâchez de vous organiser de manière
à pouvoir au premier ordre vous porter le plus promptement possible à
Efkout ou à Birket, et comme il serait possible que nos communications
fussent interceptées, tâchez d'avoir beaucoup de monde en campagne pour
savoir ce que je fais et où je suis, afin que s'il arrivait des cas
où il n'y eût pas d'inconvénient à un mouvement et où des avis vous
feraient penser que j'ai dû vous ordonner de le faire, vous le fassiez.
Vous trouverez à Rosette quelques pièces de campagne dont vous pourrez
vous servir.
Je vous envoie quatre copies de cette lettre, afin qu'elle vous
parvienne.
Quelque chose qui arrive, je compte entièrement sur la bravoure de seize
à dix-huit mille hommes que vous avez avec vous: je ne pense pas que
l'ennemi en aurait autant, quand même ces cent bâtimens seraient chargés
de troupes.