BONAPARTE.

Terraneh, le 29 messidor an 7 (17 juillet 1799).

_Au général Dugua._

Le nombre des vaisseaux ennemis, citoyen général, s'est augmenté d'une

quinzaine de bâtimens légers. Vous sentez combien il serait nécessaire

de presser le départ de tous les hommes dispersés. J'espère que le

général Lagrange sera parti du Caire pour l'armée quand vous recevrez

ceci. Il y a beaucoup de chefs de bataillon qui ne sont pas à leurs

corps, parce qu'ils sont un peu incommodés, et qui ont pensé que ce

n'était seulement qu'une course contre les Arabes. Faites que tous ces

hommes nous rejoignent; il est essentiel que tout cela marche en corps:

j'estime que les détachemens doivent être au moins de deux cents hommes.

Ecrivez au général Desaix les nouvelles que je reçois, et que j'imagine

que la colonne mobile contre Mourad-Bey est partie, et qu'il presse le

départ de la cavalerie que je lui ai demandée. Dès que le bataillon de

la 22e, ainsi que le général Rampon et sa colonne, seront arrivés au

Caire, qu'il file en toute diligence sur Rahmanieh.

Instruisez le général Reynier qu'il est nécessaire qu'il réunisse

la garnison de Salahieh, en y laissant en tout, compris sapeurs et

canonniers, cent vingt hommes, et qu'il soit prêt, à tout événement, à

se porter de Belbeis par le Delta sur Rahmanieh: vous lui enverrez tous

les grenadiers et l'artillerie de sa division. Il pourra aussi m'amener

un millier d'hommes, qui pourront m'être d'un grand secours. Si dans

trente-six heures vous ne recevez pas de lettre de moi, vous ordonnerez

ce mouvement.

Envoyez un des généraux qui sont au Caire en convalescence pour

commander à Gizeh.

Faites partir les deux demi-galères et la chaloupe canonnière _la

Victoire_ pour Rahmanieh. Faites-y embarquer deux mille paires de

souliers. Envoyez-nous sous leur escorte à Rahmanieh encore deux ou

trois cent mille rations de biscuit et de la farine: l'ordonnateur en

chef donne des ordres pour cet objet.

Le convoi escorté par les trois djermes _la Vénitienne,_ etc., n'est pas

encore arrivé.

Je serai le 1er thermidor au soir à Rahmanieh.

Je vous expédierai constamment deux courriers par jour.

Si les Anadis continuent à nous rester fidèles, vous ne manquerez pas de

nouvelles. Le citoyen Rosetti peut vous servir beaucoup en cela: ayez

cependant l'oeil sur les démarches de cet homme.

Sélim-Cachef, le dernier qui est venu du Bahhireh, m'est représenté

comme un homme extrêmement dangereux; faites-le appeler, dites-lui que

comme je vais dans le Bahhireh, je désire l'avoir avec moi, à cause de

ses connaissances locales, et sur ce faites-le embarquer sur une des

demi-galères, en le consignant au commandant et lui recommandant d'avoir

pour lui quelques égards: que cependant il en répond comme d'une chose

capitale.

Faites fusiller les prisonniers qui se permettront le moindre mouvement.

Fixez les yeux sur les approvisionnemens de la citadelle de Gizeh,

Ibrahim-Bey et des petits forts.

Faites connaître au divan que, vu les troubles survenus dans le Bahhireh

et le grand nombre de mécontens qui s'y trouvent, j'ai jugé à propos de

m'y rendre moi-même. Quant aux bâtimens qu'ils pourraient savoir être

sur la côte, dites que nous croyons que ce sont des Anglais, et que l'on

dit que la paix est faite entre les deux puissances.

Dites que vous savez que je leur ai écrit, et sur ce demandez-leur

s'ils ont reçu ma lettre: montrez-leur ma proclamation aux habitans du

Bahhireh; amusez-les avec l'expédition du général Menou au lac Natron et

du général Destaing à Mariouf.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome III. · 第 139 / 342 题