Au quartier-général devant Acre, le 30 germinal an 7 (19 avril 1799).
_Au chef de l'état-major général._
Le commandant de la croisière anglaise devant Acre ayant eu la barbarie
de faire embarquer, sur un bâtiment qui avait la peste, les prisonniers
français faits sur les deux tartanes chargées de munitions, qu'il a
prises près de Caïffa, dans la sortie qui a eu lieu le 18; les anglais
ayant été remarqués à la tête des barbares, et le pavillon anglais ayant
été au même instant arboré sur plusieurs tours de la place; la conduite
féroce qu'ont tenue les assiégés en coupant la tête à deux volontaires
qui avaient été tués, doit être attribuée au commandant anglais;
conduite si opposée aux honneurs que l'on a rendus aux officiers et
soldats anglais trouvés sur le champ de bataille, et aux soins que l'on
a eus des blessés et des prisonniers.
Les Anglais étant ceux qui défendent et approvisionnent Acre, la
conduite horrible de Djezzar, qui a fait étrangler et jeter à l'eau,
les mains liées, plus de deux cents chrétiens, naturels du pays, parmi
lesquels se trouvait le secrétaire d'un consul français, doit également
être attribuée à cet officier, puisque, par les circonstances, le pacha
se trouve entièrement sous sa dépendance.
Cet officier refusant d'ailleurs d'exécuter aucun des articles d'échange
établi entre les deux puissances; et ses propos dans toutes les
communications qui ont eu lieu, ses démarches depuis qu'il est en
croisière étant celles d'un fou, mon intention est que vous donniez
des ordres aux différens commandans de la côte pour qu'on cesse toute
communication avec la flotte anglaise, actuellement en croisière dans
ces mers.