BONAPARTE

Devant Acre, le 30 germinal an 7 (19 avril 1799).

_Au général Desaix._

Je reçois, citoyen général, à l'instant vos lettres depuis le 8 pluviose

au 27 ventose.

Je les ai lues avec tout l'intérêt qu'elles inspirent. Je vois surtout

avec plaisir que vous vous disposez à vous emparer de Cosseir; sans ce

point-là, vous ne serez jamais tranquille. La marine a encore dans ce

point déçu mes espérances.

Je serai de retour en Egypte dans le courant du mois. Je compte être

maître d'Acre dans six jours.

Le général Dugua me mande qu'il vous a envoyé tous les objets que vous

avez demandés, je le lui recommande avec toutes les instances possibles.

Nous avons eu affaire, à la bataille du Mont-Thabor, à près de trente

mille hommes: c'est à peu près un contre dix. Les janissaires de Damas

se battaient au moins aussi bien que les mameloucks; et les Arnautes,

Maugrabins, Naplousins sont sans contredit les meilleures troupes de

l'Europe. Au reste, par vos lettres je vois que nous n'avons rien à vous

conter, que vous n'ayez à nous répondre.

Assurez tous les braves qui sont sous vos ordres de l'empressement que

je mettrai à récompenser leurs services et à les faire connaître à la

France entière.

Le contre-amiral Perrée, avec _la Junon_, _l'Alceste_ et _la

Courageuse_, nous a amené à Jaffa des pièces de siége, et est en ce

moment derrière la flotte anglaise, lui enlevant ses avisos, bâtimens

de transport, etc. Il fera des prises immenses, et nous enverra à Tyr,

Jaffa et Acre, lorsque nous en serons maîtres, de fréquentes nouvelles

de l'Europe.

Vous avez appris, par le Caire, les dernières nouvelles de France et

d'Europe. Rien ne prouvait encore qu'il y eût la guerre.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome III. · 第 26 / 342 题