BONAPARTE.

Au camp d'Acre, le 24 germinal an 7 (13 avril 1799).

_Au général Kléber._

J'ai reçu, citoyen général, vos différentes lettres.

L'adjudant-général Leturcq, qui est arrivé à Caïffa avec le convoi, nous

apporte de quoi faire une grande quantité de cartouches. Dès l'instant

qu'elles seront faites, on vous en enverra le plus qu'il sera possible.

Le général Murat laissera à Saffet les cent cinquante hommes de la

vingt-cinquième que vous aviez laissés à Caïffa; vous les prendrez là

pour les placer où vous jugerez à propos. Je désirerais qu'avec le reste

de sa colonne il pût être de retour pour l'assaut d'Acre, qui pourra

avoir lieu le 30.

Ecrivez à Gherrar qu'il a tort de se mêler d'une querelle qui le

conduira à sa perte: comment, lui qui a eu tant à se plaindre d'un homme

aussi féroce que Djezzar, peut-il exposer la fortune et la vie de ses

paysans pour un homme aussi peu fait pour avoir des amis? que sous

peu de jours Acre sera pris, et Djezzar puni de tous ses forfaits, et

qu'alors il regrettera, peut-être trop tard, de ne pas s'être conduit

avec plus de sagesse et de politique. Si cette lettre est nulle, elle ne

peut, dans aucun cas, faire un mauvais effet.

Votre bataille est fort bonne; cela ne laisse pas de beaucoup dégoûter

cette canaille, et j'espère que si vous les revoyez, vous pourrez

trouver moyen d'avoir leurs pièces.

Est-il bien sûr que le pont, qui est plus bas que le lac Tabarieh, soit

détruit? Les habitans du pays, dans les différens renseignemens qu'ils

me donnent, me parlent toujours de ce pont comme si les renforts

pouvaient venir par là, et dès lors comme s'il n'était pas détruit.

Le mont Thabor est témoin de vos exploits. Si ces gens-là tiennent un

peu, et que vous ayez une affaire un peu chaude, cela vous vaudra les

clefs de Damas.

Si dans les différens mouvemens qui peuvent se présenter, vous trouvez

moyen de vous mettre entre eux et le Jourdain, il ne faudrait pas être

retenu par l'idée que cela les ferait marcher sur nous. Nous nous tenons

sur nos gardes, nous en serions bien vite prévenus, et nous irions à

leur rencontre; mais alors il faudrait que vous les poursuivissiez en

queue assez vivement. Mais je sens que ces gens-là ne sont pas assez

résolus pour cela. Si cela arrivait, ils s'éparpilleraient tout

bonnement en route.

J'ai envoyé, il y a trois jours, à Saffet un homme qui est depuis Jaffa

avec nous, pour avoir une conférence avec Ibrahim-Bey, et doit être de

retour demain, et, si la cavalerie qui est devant Saffet l'a empêché

de remplir sa mission, je vous l'enverrai: il sera plus à portée de la

remplir de chez vous.

Œuvres de Napoléon Bonaparte, Tome III. · 第 21 / 342 题