CHAPITRE III.

Le Règlement du collège de jeunes filles de Milan comparé au Règlement

des maisons de la Légion d'honneur.

Nous avons cité dans un précédent ouvrage un rapport, adressé le 20

octobre 1809, à la reine Hortense, Protectrice des maisons de la Légion

d'honneur, où Mme Campan dit qu'il sortira de ces établissements des

femmes qui porteront l'art d'enseigner dans des maisons fondées sur les

mêmes principes: «Il en existe déjà deux à Naples,» disait-elle; «il va

y en avoir une à Munich, fondée par le roi de Bavière; il y en aura une

incessamment à Milan[33].» Ce fut en effet le Règlement Général

Provisoire de la maison d'Ecouen qui servit de base au règlement du

collège de Milan. Le 20 octobre 1808, Marescalchi, ministre des

relations extérieures du royaume d'Italie, envoya de Paris tous les

documents propres à définir l'esprit des maisons impériales. Toutefois,

si l'on compare la règle adoptée pour le collège de Milan, le 17

décembre 1810, avec le règlement provisoire que nous venons de citer, on

verra que, pour le fond et pour la forme, le prince Eugène et ses

conseillers se sont inspirés de celui-ci, mais ne l'ont pas servilement

copié; on les verra tantôt consultant les besoins spéciaux de l'Italie

oser davantage, tantôt consultant les principes universels du bon sens,

écarter certaines chimères introduites dans la maison de la Légion

d'honneur, d'où un nouveau règlement, daté du 3 mars 1811, ne les

chassera pas.

Voici le texte même du règlement de Milan, car c'est en français qu'on

le trouve rédigé dans les Archives d'État de cette ville, sous le titre

de _Règlement général provisoire du collège des demoiselles_[34]:

Titre Ier.--De l'administration intérieure de la maison.

Article Ier. La Directrice a la direction et la surveillance générale du

collège; la Maîtresse en a l'administration inférieure sous son

inspection.

Art. 2. La Maîtresse est dépositaire de la caisse de la maison; elle ne

pourra faire aucun payement que d'après un mandat de la Directrice; tous

les comptes de la maison porteront en marge de chaque article

l'exposition sommaire de l'objet de la dépense et la date du mandat de

la Directrice.

Art. 3. La Directrice tiendra un registre de tous les mandats qu'elle

donnera à la Maîtresse.

Art. 4. La Maîtresse ne pourra faire aucune dépense sans autorisation de

la Directrice.--Art. 5. L'Econome s'adressera à la Maîtresse toutes les

fois que des achats et des dépenses seront jugés nécessaires, et cette

dernière en soumettra la demande à la Directrice. Cependant la Maîtresse

aura droit d'autoriser les dépenses de nourriture journalière, sauf

ensuite à faire ratifier ces dépenses par la Directrice.--Art. 6. La

Maîtresse rendra compte toutes les semaines à la Directrice de la

situation de la caisse, des dépenses faites et des besoins de la

maison.--Art. 7. La Directrice présentera chaque mois au Conseil

d'administration un compte des dépenses. Ces comptes seront appuyés de

toutes les pièces justificatives, des mandats de payement et mémoires

des fournisseurs. Lorsque les mandats de payement ne seront que pour des

acomptes, on y joindra une note de ce qui sera dû aux

fournisseurs.--Art. 8. Si les sommes allouées dans le budget présomptif

de l'année sont, pour certains articles, insuffisantes ou excédantes, la

Directrice en exposera les motifs et sollicitera du Conseil la

présentation de ses réclamations à Son Altesse Impériale.

Art. 9. La Dame lingère aura la garde du linge de table, de lit et de

corps; elle sera chargée d'en surveiller l'emploi et l'entretien d'après

les instructions de la Directrice et de la Maîtresse, et de régler

également tous les objets relatifs à la buanderie, aux détirages et

repassages.--Art. 10. Elle sera aussi chargée, sous inspection de la

Maîtresse, de la confection, réparation et entretien des habits, et

généralement de l'emploi des fils, soie, etc.--Art. 11. L'Econome, la

Dame lingère et l'infirmière ne recevront aucun des objets confiés à

leur garde sans s'assurer en détail de la quantité et de la qualité des

objets fournis, ainsi que de leur conformité aux différents échantillons

adoptés par la Maîtresse; elles signeront le certificat de

réception.--Art. 12. Ce certificat devra être remis à la Maîtresse et

présenté par elle à la Directrice quand elle demandera le mandat de

payement, et ensuite remis avec ce mandat comme pièce justificative des

comptes.--Art. 13. Les dépositaires exigeront un reçu de tous les objets

qu'elles distribueront et les(_sic_) présenteront à la Directrice ou à

la Maîtresse toute les fois qu'elles en seront requises, pour justifier

de l'emploi des objets confiés à leur garde et de ceux qui restent en

leurs mains.--Art. 14.[35]est dépositaire des comestibles, combustibles

et liquides, de l'argenterie, de la vaisselle, des objets de papeterie

et de divers ustensiles à la maison (_sic_); elle en aura la garde et

elle veillera à ce que leur distribution et consommation soient

conformes aux règles établies.--Art. 15. Chaque classe aura deux

institutrices, dont l'une, appelée surveillante, sera chargée par la

Directrice de tout ce qui est relatif à la police des dortoirs, à la

conduite des élèves à leur récréation, à leur promenade et leurs études

dans les moments d'absence de l'institutrice.--Art. 16. Si la santé de

la Directrice l'oblige à interrompre ses fonctions, le Ministre de

l'Intérieur autorise la Maîtresse à les remplir, et alors une

institutrice aussi choisie par le Ministre remplit les fonctions de la

Maîtresse.

Titre II--De l'éducation et de l'instruction des élèves.

Chapitre 1er.--De la distribution des élèves.

Article 17. Les élèves seront distribuées en quatre classes.--Art. 18.

Les classes seront distinguées par la couleur de la ceinture.--Art. 19.

La première classe portera une ceinture de ruban ponceau, la deuxième

violette, la troisième orange, la quatrième gros vert.

Chapitre 2. Trousseau et costume des élèves.

Art. 20. Le trousseau des élèves est composé ainsi qu'il suit.--Art. 21.

8 chemises, 4 jupons de mousseline épaisse, 2 jupons de tricot de laine

pour l'hiver, 2 camisoles de toile de coton pour la nuit; 4 pèlerines en

percale; 4 fichus montants sans garniture; 6 serre-tête; 12 mouchoirs de

poche; 6 paires de bas gris, 6 paires de bas blancs; 2 bonnets de jour;

4 serviettes en toile fine; 1 châle de tissu, 2 robes de couleur pour

l'uniforme de tous les jours; 2 tabliers de percale noire dont l'un à

manches longues pour l'hiver; 1 caleçon pareil aux robes pour l'hiver; 2

robes blanches pour le grand uniforme; 1 tablier noir en taffetas pour

_idem_; 4 paires de mitaines en percale de couleur, 4 paires de blanches

tricotées; 1 chapeau de paille noir; une paire de souliers par mois; 1

peigne à démêler; 1 peigne fin; une brosse pour les peignes, 2 éponges;

1 corset par an.

Chapitre 3.--Du lever et du coucher.

Article 22. L'été la cloche sonnera le réveil à six heures, l'hiver à

sept.--Art. 23. Les élèves les plus âgées aideront à l'habillement des

plus jeunes.--Art. 24. Les élèves les plus âgées s'habilleront

elles-mêmes et ne seront aidées que par leurs compagnes.

Art. 25. Le coucher sera sonné à neuf heures pendant l'hiver et à dix

heures pendant l'été.

Chapitre 4.--Des prières, de la messe et des vêpres.

Article 26. L'appel des élèves se fait dans chaque dortoir le matin

avant de se rendre à la chapelle et le soir dans les classes.--Art. 27.

Cet appel achevé, chaque institutrice conduit sa classe à la

chapelle.--Art. 28. Toutes les classes doivent y être réunies une heure

après le réveil.--Art. 29. La prière se fera sous l'inspection d'une des

institutrices nommées pour cela.--Art. 30. Cette prière consistera dans

le _Pater_, l'_Ave_, le _Credo_, le _Confiteor_, les commandements de

Dieu, ceux de l'Église et l'oraison pour l'Empereur récitée en italien

par une des élèves. Elle sera terminée par la lecture à haute voix de

l'Epître et de l'Evangile du jour. Chaque jour, le livre de prière

passera à une nouvelle élève; elles entendront la messe tous les

jours.--Art. 31. Il y aura deux messes les dimanches et tous les jours

de fêtes, catéchisme et instruction à la portée des élèves. Les vêpres

seront chantées par les élèves tous les dimanches et fêtes établies par

le Concordat, à l'anniversaire du couronnement et du mariage de Sa

Majesté Impériale.--Art. 32. Il y aura salut le jour de la Toussaint, de

Noël, le premier jour de l'an, le jour des Rois, le jour de Pâques, le

jour de l'Ascension et de l'anniversaire du couronnement de l'Empereur,

le jour de la Fête-Dieu, le jour de la Pentecôte, de l'Assomption et de

la Saint-Napoléon.

Chapitre 5.--Des repas.

Article 33.--De la soupe et des fruits composeront le déjeuner.--Art.

34. Les dimanches, les mardis et les jeudis, le dîner sera composé d'une

soupe, d'un bouilli, d'un rôti, d'un plat de légumes ou d'une salade;

les jours maigres, d'une soupe, d'un plat de poisson ou d'oeufs, d'un

plat de légumes et d'une salade.--Art. 35. Le souper consistera en une

soupe au lait ou au riz, un plat de légumes et un plat de fruits.--Art.

36. Les élèves boiront à leur repas du vin mêlé avec l'eau. Suivant leur

tempérament, les plus faibles pourront boire du vin pur.--Art. 37. Le

déjeuner aura lieu à neuf heures; à midi l'on distribuera des morceaux

de pain; à trois heures les élèves dîneront; elles souperont à huit

heures.

Chapitre 6.--Des leçons.

Article 37 bis. Les leçons de grammaire italienne et française, de

géographie et d'histoire seront données l'après-midi.--Art. 33. Chaque

institutrice, dans sa classe, sera chargée de donner des leçons de

lecture et de faire répéter aux élèves les leçons qui auront été données

par les professeurs.--Art. 39. Les leçons de lecture, d'écriture, de

calcul, de musique, de dessin et de danse seront données le matin et

aussi en présence de la Directrice, de la Maîtresse ou de deux

institutrices.--Art. 40. Les livres à adopter pour l'instruction des

élèves seront proposés par la Directrice et approuvés par le Ministre de

l'Intérieur.--Art. 41. La Directrice, sur le rapport des professeurs,

jugera de l'époque à laquelle une élève pourra passer d'une classe dans

une autre.--Art. 42. Les soirées seront occupées depuis cinq heures

jusqu'à sept par les leçons de grammaire italienne et française,

histoire (_un mot illisible_), et depuis sept jusqu'à huit au travail à

l'aiguille.--Art. 43. La Directrice nommera chaque mois une élève de

chaque classe, parmi les plus âgées, pour aider l'infirmière et

apprendre auprès d'elle tout ce qui est relatif aux soins d'une

garde-malade attentive et éclairée. Cette disposition n'aura lieu que

lorsqu'il n'y aura pas de maladies contagieuses et que le médecin l'aura

affirmé.--Art. 44. Les institutrices qui président aux classes noteront

chaque jour la conduite de chaque élève sur un registre à ce destiné. Ce

registre sera présenté tous les samedis à la Directrice.--Art. 45. Les

professeurs noteront sur un cahier, à la fin de chaque leçon, à côté, en

marge du nom de chaque élève, s'il a été content ou mécontent de

l'aptitude ou du zèle de l'élève. Ce cahier sera également présenté à

la Directrice tous les samedis.--Art. 46. Les élèves que la Directrice

jugera capables de s'occuper de la conduite d'un ménage et de tout ce

qui y a rapport seront confiées à la Maîtresse à des heures réglées pour

s'instruire avec elle de tout ce qui sera de son département.--Art. 47.

La même mesure sera prise pour celles qui seraient en âge de prendre

connaissance de tout ce qui concerne la lingerie. Les élèves feront

leurs robes, leur linge et celui de la maison autant que leurs forces le

leur permettront.

Chapitre 7.--Des récréations.

Art. 48. Il y aura une heure de récréation après les leçons du matin,

une heure après le dîner, une heure après le souper.--Art. 49. Les

portiques et le jardin qu'ils entourent sont réservés aux récréations

ordinaires.--Art. 50. Les dimanches, les fêtes et les jeudis, on fera

des promenades dans le grand jardin.

Chapitre 8.--Police de la maison.

Article non numéroté. La Directrice a droit de remontrance envers la

Maîtresse; si celle-ci, malgré les avertissements réitérés de la

Directrice, retombait dans la même faute et que cette faute fût d'un

mauvais exemple pour les élèves et quelle portât préjudice à la maison,

la Directrice serait tenue d'en prévenir le Ministre de

l'Intérieur.--Art. 51. Si la Maîtresse avait à se plaindre des

institutrices, elle porte sa plainte à la Directrice.--Art. 52. La

Directrice a droit de réprimande envers les institutrices. Elle peut

même, dans un cas grave, les suspendre de leurs fonctions, en donnant

toutefois avis de cette suspension dans le même jour au Ministre de

l'Intérieur et en lui en faisant connaître les motifs.--Art. 53. La

Directrice peut punir par la suspension du salaire toutes les personnes

de service et même les renvoyer.--Art. 54. Les clefs du grillon (_sic_)

et des portes d'entrée seront toutes déposées chez la Directrice à neuf

heures du soir en hiver et à dix en été.--Art. 55. Une tournée sera

faite tous les soirs à dix heures et demie par la Directrice ou par la

Maîtresse pour s'assurer si toutes les lumières sont éteintes et si tout

est en ordre.

Art. 56. La Maîtresse, les Dames institutrices, lingère et infirmière

déposeront leurs lettres cachetées dans une boîte fermée qui sera dans

une salle de communauté.--Art. 57. La Directrice aura les clefs de cette

boîte, se la fera apporter et l'ouvrira tous les jours de départ.--Art.

58. Les élèves de chaque classe remettront à leur institutrice les

lettres destinées à leur père ou à leur mère; elles seront sans cachet

et remises à la Directrice par l'institutrice.--Art. 59. Il est

expressément défendu à toutes les personnes attachées à la maison, sous

quelque titre que ce soit, de se charger pour l'extérieur de lettres

adressées par les élèves et de permettre qu'il en soit porté par aucune

personne étrangère à la maison.--Art. 60. Les lettres qui arriveront

pour toutes les personnes de la maison seront remises à la Directrice;

celles adressées à la Maîtresse, aux institutrices, aux employées seront

de suite remises par la Directrice à leur destination. Les lettres aux

élèves ne seront remises qu'après avoir été décachetées.--Art. 61. La

Maîtresse peut sortir quand besoin est pour affaires de la maison, en

donnant préalablement avis de sa sortie à la Directrice.--Art. 62. La

Directrice a seule le droit de visiter les parents des élèves, à moins

que la Maîtresse n'en soit spécialement chargée par la Directrice.--Art.

63. Il est accordé un jour de sortie par mois aux Dames institutrices,

mais elles sont tenues d'être rentrées à huit heures en été et à quatre

en hiver, à moins d'une permission particulière de la Directrice. Les

Dames ne pourront passer la nuit hors du collège qu'avec une

autorisation signée par la Directrice.--Art. 64. Toutes les fois que la

Directrice autorisera une Dame à s'absenter pendant plus de vingt-quatre

heures, elle en instruira d'avance S. E. le Ministre de l'Intérieur et

l'informera du motif pour lequel on lui demande son autorisation.--Art.

65. Les Dames institutrices, lingère, infirmière ne pourront se réunir

que dans la salle de communauté et ne pourront aller les unes chez les

autres que lorsqu'elles y seront envoyées pour affaire de la part de la

Directrice ou de la Maîtresse.--Art. 66. Les unes et les autres ne

pourront recevoir les personnes qui viendront pour elles dans les

parties extérieures du parloir qu'avec une permission de la

Directrice.--Art. 67. Aucune élève ne pourra sortir de la maison sans

être cherchée par son père ou sa mère ou par une femme de confiance qui,

chargée d'une lettre, pourrait les suppléer.--Art. 68. Les parents des

jeunes personnes ne pourront les voir que le jeudi et le dimanche depuis

onze heures jusqu'à trois en hiver, et en été depuis quatre jusqu'à

sept.--Art. 69. L'heure fixée pour la sortie des élèves sera de neuf à

dix; (elles) devront rentrer de sept à huit en été, et de quatre à cinq

en hiver. Le jeudi sera le jour spécialement choisi pour la sortie des

élèves. Il n'en pourra sortir qu'une classe à la fois.

Art. 70. Il est expressément interdit à toutes les élèves d'apporter de

chez leurs parents aucun livre ni papier. En rentrant au collège, elles

seront soumises à la surveillance nécessaire pour s'assurer qu'elles ne

désobéissent point à cette défense.

Art. 71. Aucun présent ne peut être accepté par aucune des personnes

employées dans la maison, quand même le présent viendrait des parents ou

des élèves.--Art. 72. Aucune personne de service de la maison ne peut

recevoir d'étrennes.--Art. 73. Les femmes seules pourront être admises

dans l'intérieur du collège.--Art. 74. Seront exceptés les professeurs,

le Directeur spirituel, le chapelain, le médecin, le chirurgien dentiste

et les ouvriers qui ne pourront être remplacés par des femmes.--Art. 75.

Les professeurs n'auront entrée dans le collège qu'à l'heure fixée pour

leurs leçons, et les autres, que lorsqu'ils seront appelés par la

Directrice. Aucun desdits individus ne pourra d'ailleurs circuler dans

l'intérieur qu'accompagné d'une fille de service.--Art. 76. Les pères et

grands-pères des élèves ne pourront avoir entrée dans l'intérieur du

collège qu'en cas de maladie de leurs enfants et avec une permission du

Ministre de l'Intérieur. Dans toute autre circonstance, ils ne pourront

les voir qu'au parloir.--Art. 77. Les élèves auxquelles la Directrice

permettra de se rendre au parloir y seront accompagnées d'une

institutrice. Elles pourront, avec la permission de la Directrice, être

conduites dans la partie extérieure du parloir, lorsque leur père ou

leur mère viendront les voir.--Art. 78. Cette dernière permission ne

sera jamais accordée lorsque les élèves recevront la visite de leurs

autres parents.--Art. 79. Les jours de fêtes et de cérémonies, la

Directrice, la Maîtresse et les institutrices seront vêtues d'une robe

de soie noire. La Directrice et la Maîtresse auront seules le droit de

la porter traînante.--Art. 80. Les Dames lingère et infirmière seront

aussi vêtues de noir.--Art. 81. L'habillement des filles de service sera

d'étamine et de couleur foncée.--Art. 82. Une institutrice, choisie par

la Directrice pour un mois au plus, sera spécialement chargée de la

police du réfectoire pendant les repas.--Art. 83. La Dame institutrice

chargée de la police du réfectoire sera servie après le dîner

général.--Art. 84. La permission de sortir une fois par mois ne sera

accordée à une élève que par la Directrice et sur le rapport favorable

qui sera rendu de sa conduite et de ses études dans les notes de son

institutrice et de ses professeurs.

Titre III.--Service de santé.

Art. 85. La Dame infirmière sera dépositaire des médicaments

usuels.--Art 86. Lorsqu'elle aura besoin de médicaments qui exigeront

une préparation, elle présentera à la Maîtresse l'ordonnance du médecin

et, sur le vu de cette ordonnance, la Maîtresse en autorisera

l'achat.--Art. 87. Lorsqu'une élève entrera dans le collège, la

Directrice prendra, de concert avec le médecin de la maison, les mesures

nécessaires pour s'instruire avec les parents de la jeune demoiselle des

différentes maladies ou inconvénients que la jeune fille pourrait avoir

éprouvés depuis sa naissance, ou des infirmités qui pourraient

l'exclure.--Art. 88. Le chirurgien dentiste de la maison se concertera

avec le médecin pour les opérations qu'il jugera convenables, et rendra

compte à la Directrice du résultat de leur conférence.

Titre IV.--Dispositions générales.

Art. 89. Le Règlement général du collège, le Règlement intérieur proposé

par la Directrice et approuvé par le Ministre de l'Intérieur et les

décisions du Ministre qui pourraient intervenir seront lus tous les six

mois dans une assemblée composée de la Directrice, de la Maîtresse, des

institutrices, des Dames lingère et infirmière.--Art. 90. Toutes les

fois qu'une décision sera adressée par S. E. le Ministre de l'Intérieur

à Mme la Directrice, cette décision sera lue dans une séance de toutes

les Dames, que Mme la Directrice convoquera. Cette séance doit avoir

lieu dans l'un des trois jours de la réception de la décision.--Art. 91.

La Directrice réglera provisoirement tout ce qui n'est pas déterminé par

le présent Règlement ou par le Règlement intérieur. Elle rendra compte à

S. E. le Ministre de l'Intérieur de toutes les mesures qu'elle aura cru

devoir prendre et, chaque mois, de la conduite des élèves.

Note des livres français:

La petite grammaire de Lhomond; l'abrégé de Rostaut; la grammaire de

Wailly, 11me édition; la syntaxe de Fabre.--Géographie: L'abrégé de

géographie de Guthrie, et, quand il aura paru, celui de Malte-Brun;

l'atlas du précis de géographie universelle de Malte-Brun (il réunit

tout ce qu'on peut demander en cartes anciennes, du moyen âge et

modernes); cosmographie de Mentelle.--Mythologie du Père Jouvency, qu'on

trouve à la fin de l'abrégé de l'histoire ancienne à l'usage de l'Ecole

militaire, de Bass-ville; abrégé de celle de l'abbé Banier.--Histoire:

Abrégé de la Bible, par l'Euy[36], 3 volumes in-8°; éléments d'histoire

générale, par Millot. Précis de l'histoire ancienne, de la république

romaine, des empereurs et du Bas-Empire, par Royou. Histoire

d'Angleterre, par Millot. La vie des hommes illustres, de Plutarque.

Abrégé de l'Histoire universelle, de Bossuet. Le Voyage du jeune

Anacharsis, par Barthélemy. L'Atlas de Le Sage. Eléments de l'histoire

d'Allemagne, par Millot ou par Efele[37]. Histoire de l'Espagne, par

Gaillard. Histoire de Russie, par Voltaire; Histoire de Charles XII, par

le même. Histoire de Suède et de Danemarck, par Vertot. Histoire de

Charles-Quint, par Robertson. Les Oraisons funèbres de Fléchier et de

Bossuet. Le Petit Carême, de Massillon. Précis de l'Histoire de la

Révolution, par Lacretelle; Histoire de France, XVIIIe siècle, par le

même. Les Révolutions romaines, de Vertot. Histoire de France, par

Millot. La Chronologie; de Prévost d'Iray.--Littérature: Le cours de

littérature de Le Batteux. Leçons de littérature, de Noël, à l'usage de

tous les établissements d'instruction.--Poèmes: Le poème de la Religion,

de Racine; l'Homère, traduit par Bitaubé. Les satires de Boileau. Les

poésies sacrées de J.-B. Rousseau. Télémaque. Le théâtre de Racine, le

théâtre de Corneille. Lettres de Mme de Sévigné. Le fablier de La

Fontaine.--Livres de récréation: Don Quichotte, les Voyages de Campe.

Note des livres italiens:

Tous les livres élémentaires de Soave pour les commençants. Le

_Galateo_, de Mgr Della Casa; les _Rivoluzioni d'Italia_, de Denina.

Lettres familières à l'usage des lycées. Lettres d'Ann. Caro. Comédies

choisies de Goldoni. Nouvelles morales du P. Soave. Grammaire de la

langue italienne, du même; livre des Devoirs, du même. Choix des

tragédies d'Alfieri. Anthologie italienne tirée des meilleurs

classiques. Les leçons d'éloquence de Villa. Blair, traduit par le P.

Soave. Lettres du card. Bembo. Lettres familières de Magalotti. La Force

de l'imagination humaine, par Muratori; De la Vraie et de la fausse

Religion, _id._; La Philosophie morale, _id._[38].

Certes, ce Règlement porte la marque du génie de Napoléon: l'esprit,

souvent les expressions, en rappellent celui d'Ecouen, la distribution

en est la même. Convaincu que c'est le bon ordre, c'est-à-dire la

subordination et l'économie qui assure la durée d'un établissement, le

gouvernement français avait tout d'abord fixé la hiérarchie, la

distribution des fonctions, le partage de la responsabilité. Comme lui,

le prince Eugène estima qu'aucune méthode pédagogique ne vaut une forte

discipline et une bonne comptabilité. Mais un examen attentif prouve

qu'il a médité et non copié son texte. En voici un exemple: Napoléon,

quoique très positif jusque dans ses chimères, était obligé de passer

quelques fantaisies sentimentales aux Français de son temps; Lacépède,

grand chancelier de la Légion d'honneur, avait donc pu décider que, tous

les ans, les élèves d'Ecouen planteraient dans le parc deux arbres qui

porteraient le nom des deux demoiselles les plus méritantes et au pied

desquels, plus tard, les mères donneraient à leurs filles une leçon de

reconnaissance envers les bienfaitrices de leur jeunesse, et il avait

soigneusement envoyé au prince Eugène ce supplément de sa façon à la

règle impériale[39]. Les Italiens, qui discernent mieux que nous ce qui

est bon à mettre en vers de ce qui est bon à mettre en pratique,

laissèrent à la maison d'Ecouen le privilège des petites scènes à la

Rousseau. Ils démêlèrent une autre illusion cachée dans une des parties

les plus raisonnables du plan français, dans la partie qui regardait

l'enseignement des travaux domestiques: accordant peut-être un peu trop

de portée à des épigrammes que Mme Campan avait eu, dit-on, la faiblesse

de prendre pour elle et de vouloir faire supprimer[40], les rédacteurs y

avaient donné dans l'encyclopédie et s'étaient imaginé candidement que

leurs élèves apprendraient _tout ce qui peut être nécessaire à une mère

de famille pour la conduite de l'intérieur de sa maison, la direction du

jardinage, la préparation du pain et des autres aliments_; ils n'avaient

pas réfléchi que le temps manquerait dans un cours d'éducation qui

embrassait jusqu'à deux langues vivantes. Le gouvernement italien ne

retint que le principe, qui était excellent, savoir qu'une jeune fille

doit occuper ses doigts et non pas seulement son esprit; qu'une

aiguille entre ses mains est encore plus à sa place qu'un livre, et

qu'elle doit apprendre à soigner les malades et les enfants. Sur ce

point, on retrouvera une pareille sagesse dans un règlement pour la

Maison Joséphine de Bologne, que nous donnerons en appendice.

Même indépendance, même sagacité sur d'autres chapitres. Comme la

vigilance sur les moeurs était encore plus nécessaire alors en Italie

qu'en France, les Italiens redoublèrent de précautions à cet égard: les

lettres des institutrices durent toutes passer, cachetées, il est vrai,

sous les yeux de la directrice; toutes les lettres des élèves, même

celles des grandes et celles qui étaient adressées aux pères et aux

mères durent être lues par elle, précautions qu'en France on n'avait pas

exigées. Le Règlement d'Ecouen ne permettait que quelques tragédies de

Corneille et de Racine et permettait _Paul et Virginie_, la _Chaumière

indienne_: le collège de Milan admit tout le théâtre de Corneille et de

Racine, et rejeta les deux romans de Bernardin de Saint-Pierre. Les

Italiens avaient compris que la peinture des troubles de l'amour

naissant est dangereuse, tandis que la peinture de l'amour cédant au

devoir est morale; ils avaient encore plus facilement compris que

c'était un non-sens de recommander la _Chaumière indienne_ à des jeunes

filles qu'on voulait élever dans celle des religions modernes, qui

s'éloigne davantage du pur déisme. Ils proscrivirent également les

_Saisons_, de Saint-Lambert, où l'on se demande comment les rédacteurs

du plan d'Ecouen avaient pu ne pas apercevoir un sensualisme à peine

voilé. Il n'est même pas impossible que ce soit cette judicieuse

épuration qui ait déterminé le gouvernement français à écarter Bernardin

de Saint-Pierre et Saint-Lambert de la liste remaniée qui accompagne le

nouveau Règlement des Maisons de la Légion d'honneur du 3 mars 1811.

En revanche, comme il était encore plus nécessaire en Italie qu'en

France d'agrandir l'esprit des femmes, de l'ouvrir à tout ce qu'il y a

de fort et de généreux dans les théories du dix-huitième siècle, le

Règlement du collège lombard admit un très grand nombre d'ouvrages

d'histoire qu'on ne trouve pas sur la liste d'Ecouen, et, notamment, le

_Charles-Quint_, de Robertson, à côté du _Discours sur l'Histoire

universelle_, de Bossuet, les livres de Voltaire à côté de ceux de

Vertot. Enfin, l'admission des deux ouvrages de Lacretelle prouve qu'on

voulut, à Milan, que les jeunes filles connussent le siècle de la

philosophie dans ses grandeurs comme dans ses misères, au lieu de le

maudire de confiance.

Pour la liste des auteurs italiens, qui a été dressée d'original,

puisque le Règlement provisoire d'Ecouen n'en parlait pas, quoiqu'il

prescrivît l'étude de la langue italienne, on aura pu être surpris de

n'y voir figurer nommément aucun des grands poètes du treizième et du

quinzième siècles: on s'est fié aux anthologies du soin de les faire

connaître, alors que, pour ceux-mêmes qu'on ne pouvait intégralement

donner à des jeunes filles, on pouvait recourir à des éditions

expurgées; mais on est probablement parti de l'idée que ce n'était pas

surtout de poésie que la nation avait besoin; la gloire de ses grands

poètes ne courait aucun péril et leurs imitateurs ne pullulaient que

trop. On a donc surtout cherché, outre les écrivains épistolaires qui

enseignent à s'exprimer avec élégance, les auteurs judicieux et d'une

morale irréprochable, ceux qui pouvaient le mieux accréditer par la

considération dont ils jouissaient les principes d'une philosophie

raisonnable. Voilà pourquoi l'on prescrivit l'étude des _Lettres

familières_, de Magalotti, réfutation estimable de l'athéisme et oeuvre

d'un savant distingué; voilà pourquoi on inscrivit au programme jusqu'à

trois traités de Muratori, dont la piété sincère et libérale

s'insinuerait d'autant plus facilement dans les esprits que la renommée

de sa colossale érudition commandait le respect; enfin, voilà pourquoi

l'honnête Soave y figure. On remarquera enfin que, dans son désir de

retremper les âmes, le gouvernement ordonnait l'étude des tragédies

d'Alfieri; or, le prince Eugène n'ignorait certainement pas la haine

dont Alfieri avait, dans ses dernières années, poursuivi la France et

dont il avait voulu qu'une dernière expression sortît de son tombeau; la

réplique que Ginguené venait d'opposer à un passage de son

autobiographie aurait suffi à rappeler cette animosité furieuse[41]. La

France s'intéressait donc assez sincèrement à la génération nouvelle

pour ne point se venger à ses dépens des pamphlets d'Alfieri sur ses

chefs-d'oeuvre, et il faut l'en féliciter d'autant plus que l'omission

d'Alfieri n'eût en aucune façon surpris le public italien, alors

beaucoup moins unanime qu'aujourd'hui en sa faveur et beaucoup moins

habitué à voir enseigner la littérature nationale dans les collèges,

surtout au moyen d'auteurs contemporains.

L'Instruction Publique en France et en Italie au dix-neuvième siècle · 第 29 / 96 题