Benvenuto se livra alors tout entier à son génie et à sa verve. Il
finit sa statue de Jupiter de grandeur naturelle, celle de Mars et une
multitude de chefs-d'oeuvre pour la duchesse d'Étampes et pour ses
amis d'Italie. Sa situation était triomphante; le roi le chérissait
et croyait avoir enlevé son lustre à l'Italie, avec _Léonard de Vinci_
et _Benvenuto_, pour les attacher à son règne en France. À son retour
de sa campagne il lui envoya des lettres de naturalisation. Il vint à
Paris le visiter dans l'hôtel de Nesle. Il ne pouvait comprendre
comment il avait fini ou ébauché tant de magnifiques ouvrages en si
peu de mois. Pendant la conversation on parla de _Fontainebleau_. La
duchesse d'Étampes dit au roi que Sa Majesté devrait me commander
quelque chose de beau pour ce magnifique palais. Vous avez raison, dit
le roi; et il me consulta sur-le-champ sur ce que nous pourrions
imaginer pour cette belle fontaine. Je lui fis part de mes avis; il y
ajouta les siens, il me dit ensuite qu'il allait passer quinze ou
vingt jours à Saint-Germain; que je lui fisse, pendant ce temps-là, un
dessin, le plus beau que je pourrais imaginer, pour orner ce château,
qui était ce qui lui plaisait le plus dans son royaume; qu'il me
_priait_ d'y employer toute mon imagination et mon talent. Se tournant
ensuite vers Mme d'Étampes: Je n'ai jamais vu d'homme qui me soit plus
agréable, et qui mérite plus d'être récompensé! Quoique je le voie
souvent, jamais il ne me demande rien; il ne pense qu'à son travail:
c'est pourquoi je veux le fixer à Paris à force de récompenses. Mme
d'Étampes lui répondit qu'elle aurait soin d'en faire souvenir Sa
Majesté; et ils me quittèrent.