Rentré à Rome, Benvenuto est poursuivi par le pape Farnèse et par son
bâtard _Pier Luigi_, sous prétexte de lui faire restituer des
richesses qu'il avait dérobées à Clément VII pendant le siége du
château Saint-Ange. Il se justifie, mais n'en est pas moins retenu
captif au château. François Ier le fait réclamer par son ambassadeur
Monluc. Le Pape, inflexible, continue à le retenir prisonnier. Il se
décide enfin à s'évader: il tresse en cordes les draps de son lit, il
accomplit son dessein et parvint à franchir la dernière enceinte, mais
avec la hanche cassée. Un pauvre _aniero_ le conduit sur son âne
jusque sur les marches de Saint-Pierre de Rome. Le cardinal _Cornaro_
le recueillit, le fit guérir et le garda dans une chambre secrète du
palais. Cornaro alla demander sa grâce au pape Farnèse. Le pape
l'accorda avec bonté; il avoua que lui-même, dans sa jeunesse, il en
avait fait autant. Farnèse disait vrai; il avait été autrefois
incarcéré dans le château pour avoir falsifié des brefs lorsqu'il en
était secrétaire. Le pape Alexandre avait décidé de le faire
décapiter, mais _Farnèse_, qui le sut, fit dire en secret à _Pietro
Careluzzi_ de venir avec plusieurs chevaux, corrompit ses gardes à
force d'argent, et, tandis que le pape était à la procession le jour
de la fête, on le fit descendre dans une corbeille, et on le sauva
ainsi; car, dans ce temps-là, on n'avait pas encore entouré la tour
des murailles dont j'ai parlé. Le pape, en racontant cela au
gouverneur de Rome, voulait passer à ses yeux pour un brave; mais il
ne voyait pas qu'il se faisait aussi passer pour un coupable. Il dit
ensuite au gouverneur: «Allez lui demander qui l'a aidé dans sa fuite,
et dites-lui que je fais grâce à tous.»