En 1810, l'empereur sachant l'arrivée de Mme d'Albany à Paris, la
reçut bien, et lui parla en souverain qui veut être compris par une
femme, jadis souveraine. Fabre l'accompagnait. En personne prudente,
elle n'eut garde de se montrer à Genève, où ses amis de Coppet
espéraient bien l'arrêter au passage. «Je ne sais quelle route vous
avez prise pour ne pas y arriver,» lui écrivait Bonstetten. Ce n'était
point le cas, pensait-elle, de faire une halte à Coppet au moment de
subir un interrogatoire de l'empereur. On s'aperçoit de plus en plus
qu'il n'y a rien d'héroïque chez la _reine d'Angleterre_. Elle arriva
donc avec Fabre dans ce Paris qu'elle avait quitté dix-sept années
auparavant, soutenue par Alfieri au milieu des vociférations de la
populace. Que de changements dans sa destinée! Que de différences
aussi entre le Paris du 10 août et le Paris de 1809! Une seule
ressemblance rapprochait les deux époques: la liberté individuelle
n'avait pas encore de garanties. L'empereur, nous le savons par les
lettres de Fabre, reçut la comtesse avec courtoisie, mais avec une
courtoisie un peu ironique dans la forme, et au fond singulièrement
impérieuse: «Je sais,» lui dit-il, «quelle est votre influence sur la
société florentine; je sais aussi que vous vous en servez dans un sens
opposé à ma politique; vous êtes un obstacle à mes projets de fusion
entre les Toscans et les Français. C'est pour cela que je vous ai
appelée à Paris, où vous pourrez tout à loisir satisfaire votre goût
pour les beaux-arts.»
Elle n'y séjourna que quelques mois. L'empereur ne tarda pas à être
convaincu de sa parfaite innocuité en Toscane, et l'y laissa
retourner, vieillir et mourir!