CHATEAUBRIAND.

«_P. S._ Je reçois l'arrêté de ma promotion à une autre légation. Je

pars pour Naples, et j'espère être à Florence du 15 au 20 janvier.

J'aurai sûrement l'honneur de vous y saluer.

«Je prends la liberté de vous adresser cette lettre chez Mme la

comtesse d'Albany, faute d'avoir votre adresse directe: j'espère

qu'elle voudra bien me le pardonner.

«Rome, mercredi 28 décembre 1803.»

[Note 4: «Il s'agit ici de la mort, toute récente à cette date, de la

fille de M. de Montmorin, Mme de Beaumont. On sait que cette noble

personne, dont l'influence fut si vive et si douce dans le monde des

Joubert, des Ballanche, des Chateaubriand, se sentant frappée d'un mal

sans remède, était allée demander au ciel de l'Italie l'apaisement de

ses souffrances. Elle partit en 1803, aux premiers jours de l'automne.

Chateaubriand, secrétaire de légation auprès de la cour pontificale,

attendait son amie à Florence; il la conduisit à Rome et ne la quitta

plus. Le vendredi 4 novembre, elle s'éteignit dans ses bras. On peut

lire, au tome IV des _Mémoires d'outre-tombe_ (1re édition, 1849), les

touchants détails de cette mort et le récit des funérailles que

Chateaubriand fit à Mme de Beaumont dans l'église Saint-Louis des

Français. «Je t'aimerai toujours, s'écrie l'ardent poëte,

s'appropriant les vers de l'Anthologie grecque,--je t'aimerai

toujours; mais toi, chez les morts, ne bois pas, je t'en prie, à cette

coupe qui te ferait oublier tes anciens amis.»]

Ce scrupule d'inquiétude de Mme d'Albany prouve qu'elle redoutait

quelques vérités pénibles racontées dans le public européen par un mot

indiscret de Chateaubriand, dont elle sollicitait le silence.

Le silence fut accordé, et rien ne troubla les obsèques du grand homme

ni la paix de son amie.

Cours familier de Littérature - Volume 17 · 第 31 / 137 题