Dans le même temps elle se ressouvint de l'ancienne amitié qu'elle
avait conçue, en 1792, pour la femme du premier consul, qui fut plus
tard l'impératrice Joséphine Beauharnais. Joséphine lui répondit:
Paris, 1801.
Combien je vous remercie, ma chère amie, de l'intérêt touchant que
vous nous accordez, à Bonaparte et à moi! Une amitié distinguée comme
la vôtre offre des consolations au milieu des idées affligeantes qui
naissent des dangers continuels auxquels on est exposé, et l'on
regrette moins de les avoir courus quand ils excitent les témoignages
d'une estime aussi pure que celle que vous nous laissez voir.
JOSÉPHINE BONAPARTE, née LA PAGERIE.
_P. S._ Je vois souvent ici M. de Lucchesini, dont j'estime beaucoup
l'esprit et le caractère. Nous parlons de vous fréquemment, et je
l'aime à cause de l'attachement qu'il vous porte.--Dites, je vous
prie, de ma part, à Mme de Bernardini tout ce que vous pouvez imaginer
d'aimable. Adieu, chère princesse.
Mme de Staël, qui l'avait beaucoup connue et cultivée à Paris, de 1789
à 1793, lui écrivit un billet de condoléance. Elle l'appelait sa
_chère souveraine_, et ce nom, où la familiarité s'unissait au
respect, flattait les deux femmes:
Bologne, 22 mars 1805.
Je ne sais, madame, si j'ai su vous exprimer comme je le sentais mon
respect pour vous et pour votre malheur. Je ne suis jamais entrée sans
émotion dans votre maison; je ne vous ai jamais vue sans l'intérêt le
plus tendre; je me persuade que nos amis sont réunis, et je vous
demande de penser quelquefois au mien, qui a partagé un grand nombre
des opinions de celui qui vous fut si cher. Oh! je ne puis croire
qu'un jour nous ne nous retrouverons pas tous. L'affection serait sans
cela le plus trompeur des sentiments naturels... Mes compliments à
vos dames, et pour vous, madame, le plus tendre et le plus respectueux
attachement.