Au sein de ce repos, Alfieri, devenu plus royaliste que républicain,
depuis le triomphe de ses opinions républicaines en France, s'occupait
à élever, à l'exemple de Voltaire, un théâtre dans sa maison pour y
jouer ses tragédies. Il y mettait le sérieux que sa vie avait perdu
depuis tant de variations éclatantes à Paris et à Londres. Le Piémont,
conquis par la République, renvoya le roi de Sardaigne,
Charles-Emmanuel IV. Le poëte, réconcilié avec les rois par leur
infortune, fit demander une audience à son ancien maître fugitif. Le
roi lui ouvrit ses bras en lui disant avec une ironie triste: _Ecco il
tyranno! Voilà le tyran!_ allusion et reproche attendrissants au
préjugé antiroyaliste et antipaternel de son ancien ennemi!