Après s'être reposé quelques semaines en Belgique, chez la soeur de
Mme d'Albany, il n'osa pas reparaître sur le territoire français, et
revint vite à Florence chercher un abri encore intact. À peine arrivé,
il écrit, protégé par les Alpes et les Apennins, une lettre _au
président de la populace française_ pour revendiquer ses meubles et
ses livres. On ne daigne pas lui répondre. Il loue enfin, à vie, une
charmante maison, en plein soleil, sur le quai de l'Arno, près du pont
de la Trinité, et il fait disposer cet asile pour la comtesse et pour
lui. M. de Reumont parle ici de quelques légèretés amoureuses
qu'Alfieri se permet à Florence, et dont il se vante dans des sonnets
licencieux en contravention avec son amour déclamatoire pour la veuve
du roi d'Angleterre. Ces licences classiques détruiraient, si elles
étaient vraies, le dernier charme qui reste à sa vie, le charme de la
fidélité reconnaissante à cet amour. Je n'en ai jamais entendu parler
ailleurs; mais, si c'était fondé, cela justifierait la veuve royale
de sa liaison avec Fabre, le jeune peintre français, ami et commensal
du poëte. Il y a des âmes où les plus grandes passions finissent comme
les plus vulgaires amours! Nous vous dirons bientôt ce que c'était que
Fabre, que nous avons beaucoup connu après la mort d'Alfieri, mais de
qui nous n'avons jamais reçu aucune confidence irrespectueuse pour ses
deux amis.