XIII.

Après s'être reposé quelques semaines en Belgique, chez la soeur de

Mme d'Albany, il n'osa pas reparaître sur le territoire français, et

revint vite à Florence chercher un abri encore intact. À peine arrivé,

il écrit, protégé par les Alpes et les Apennins, une lettre _au

président de la populace française_ pour revendiquer ses meubles et

ses livres. On ne daigne pas lui répondre. Il loue enfin, à vie, une

charmante maison, en plein soleil, sur le quai de l'Arno, près du pont

de la Trinité, et il fait disposer cet asile pour la comtesse et pour

lui. M. de Reumont parle ici de quelques légèretés amoureuses

qu'Alfieri se permet à Florence, et dont il se vante dans des sonnets

licencieux en contravention avec son amour déclamatoire pour la veuve

du roi d'Angleterre. Ces licences classiques détruiraient, si elles

étaient vraies, le dernier charme qui reste à sa vie, le charme de la

fidélité reconnaissante à cet amour. Je n'en ai jamais entendu parler

ailleurs; mais, si c'était fondé, cela justifierait la veuve royale

de sa liaison avec Fabre, le jeune peintre français, ami et commensal

du poëte. Il y a des âmes où les plus grandes passions finissent comme

les plus vulgaires amours! Nous vous dirons bientôt ce que c'était que

Fabre, que nous avons beaucoup connu après la mort d'Alfieri, mais de

qui nous n'avons jamais reçu aucune confidence irrespectueuse pour ses

deux amis.

Cours familier de Littérature - Volume 17 · 第 19 / 137 题