Rentrés en France, ils reprirent dans leur maison du Mont-Parnasse la
vie équivoque, moitié majestueuse, moitié retirée, qu'ils menaient
avant ce voyage inexplicable autrement. Les éléments très-mêlés de la
société qui se réunissait chez eux étaient à demi révolutionnaires, à
demi royalistes, en mesure ainsi avec les deux partis qui luttaient
dans la nation. C'étaient le peintre David, bientôt après régicide;
Beaumarchais, tenant d'une main à la cour, de l'autre au peuple
insurgé; les deux frères Chénier, l'un, André, prédestiné au prochain
échafaud pour son courageux royalisme, l'autre, Marie-Joseph,
très-injustement accusé d'avoir immolé son frère; la future
impératrice des Français, Joséphine de Beauharnais, femme aimable d'un
des futurs martyrs de l'Assemblée constituante.
J'y ajoute, moi, la comtesse de Virieu, femme du comte de Virieu,
membre alors constitutionnel de l'Assemblée, et tué depuis au siége de
Lyon où il commandait la cavalerie royaliste. La comtesse, femme d'une
vertu rigide et d'une piété mystique, représentait dans cette société
le respect pour cette légitimité des reines qu'elle ne permettait pas
même au soupçon d'effleurer. C'est à elle que j'ai dû mes rapports
avec la comtesse d'Albany, qu'elle prévint par une lettre à mon
passage à Florence, quand je la vis pour la première fois.