Les pièces de monnaie et les billets de banque devraient attirer
l'attention des hygiénistes, car nul objet plus que ceux-là ne passe de
main en main, et surtout de poche en poche, quand ce n'est pas même de
bouche en bouche, après un contact intimé avec le mouchoir ou la salive,
ces deux réceptacles de microbes dangereux, parmi lesquels celui de la
tuberculose se rencontre si fréquemment.
Il est même stupéfiant de noter avec quelle indifférence des mains
délicates, qui se gantent couramment pour éviter les contacts suspects,
manient les pièces de monnaie et des billets de banque, souvent plus
crasseux que des chiffons qu'on ne prendrait qu'avec des pincettes. Il
semble que la valeur représentative de ces objets les purifie ou les
immunise contre les microbes, véhicules de la contagion.
_A priori_, on pourrait affirmer que les billets, surtout quand ils sont
un peu vieux, sont recouverts de nombreux microbes.
Deux bactériologistes de New-York, MM. Darlington et Park, ont
d'ailleurs vérifié le fait expérimentalement: sur un billet modérément
propre, ils ont compté 1.250 bactéries, et sur des billets sales, ils en
ont trouvé jusqu'à 73.000.
Les pièces de monnaie sont beaucoup moins «microbifères». Le nombre des
microbes qu'on peut recueillir à leur surface peut ne pas dépasser de 25
à 50. Il semble que les métaux, par l'action dissolvante de l'humidité,
soient peu favorables à la vie des microbes.
Au contraire, les billets de banque les conservent virulents, pendant
très longtemps, à leur surface.
L'argent n'a pas d'odeur, a-t-on dit au figuré. Matériellement, on le
manie comme s'il était toujours propre.