Après qu'il eut ainsi rétabli la paix et le bon ordre en Italie et
dans les contrées voisines, il prit le chemin de Constantinople avec
son fils Honorius. Étant arrivé à Thessalonique, il trouva la province
désolée. Les Barbares qui s'étaient détachés de son armée pour se
retirer dans des marais et dans des bois inaccessibles, lorsqu'il se
disposait à les conduire contre Maxime, ne l'avaient pas plutôt vu
éloigné que, pressés par la disette et entraînés par leur férocité
naturelle, ils traitèrent le pays comme ennemi, et remplirent de
meurtres et de ravages la Macédoine et la Thessalie, qui étaient
dépourvues de troupes. A ces déserteurs s'étaient joints un grand
nombre d'autres Barbares, les uns échappés des défaites précédentes et
dispersés dans la Thrace, les autres attirés des pays situés au-delà du
Danube par le désir du pillage; en sorte que cette troupe formait une
armée nombreuse. Dès qu'ils apprirent que Théodose revenait victorieux,
ils abandonnèrent le plat pays. Cachés dans les forêts et dans les
montagnes, ils n'osaient plus en sortir que pendant la nuit; et, dès
que le jour paraissait, ils regagnaient leurs retraites, emportant avec
eux leur butin. Il était plus difficile de découvrir les repaires de
ces brigands, que de les vaincre. Théodose qui, dès sa jeunesse s'était
familiarisé avec les plus grands dangers, ne voulut s'en rapporter
qu'à lui-même. Sans communiquer son dessein à personne qu'à Promotus,
de crainte que les Barbares de son armée n'en donnassent avis à leurs
compatriotes, il prit avec lui cinq cavaliers, qui menaient chacun
en main trois ou quatre chevaux, pour s'en servir à mesure que leur
monture serait fatiguée. S'étant déguisé en simple cavalier, il alla
lui-même à la découverte, côtoyant les bois et les marais, traversant
les campagnes, logeant et mangeant chez les paysans, dont il n'était
pas reconnu.
[Note latérale: XLVI.