Till. vie de S. Ambr. art. 57.]

Les officiers chargés de cette barbare exécution ayant reçu la lettre

du prince, annoncèrent une course de chars pour le lendemain, et

passèrent la nuit à faire toutes les dispositions nécessaires à leur

dessein. Le jour venu, le peuple ne sachant pas qu'il courait à la

mort, se rendit en foule dans le cirque, sans s'apercevoir du mouvement

des soldats, dont il fut tout à coup enveloppé. Ceux-ci avaient ordre

de passer tout au fil de l'épée, sans distinction d'âge ni de sexe. Au

signal donné, ils poussent un grand cri et se jettent avec fureur sur

la multitude. On frappe, on égorge, on précipite, on tue les enfants

sur le sein de leurs mères; les habitants, renfermés dans cette vaste

enceinte, morts, blessés, vivants, accumulés les uns sur les autres,

ne font bientôt plus qu'un monceau. Ceux qui fuient trouvent la mort

dans les rues de la ville: Thessalonique est jonchée de cadavres. Des

étrangers, des citoyens pacifiques, qui n'avaient eu aucune part à la

sédition, furent sacrifiés à cette aveugle vengeance. Jamais l'humanité

ne montre plus de vigueur que dans ces scènes cruelles ou l'inhumanité

triomphe. L'histoire a conservé seulement la mémoire d'une action

généreuse; les autres se perdirent dans la confusion de cet horrible

massacre. Un esclave voyant son maître saisi par les soldats, l'arrache

de leurs mains, et, pour lui donner le temps de s'échapper, il se

livre lui-même et reçoit la mort avec joie. Un marchand nouvellement

entré dans le port, courut à ses deux fils qu'il voyait prêts à

périr; il demanda en grâce de mourir à leur place, et offrit, à cette

condition, tout ce qu'il possédait d'or et d'argent. Les soldats, par

une indulgence brutale, lui permirent d'en choisir un; et le malheureux

père les regardant tour-à-tour, pleurant, gémissant, et ne pouvant se

déterminer dans ce choix funeste, qui déchirait ses entrailles, les

vit enfin égorger tous deux. Le massacre dura trois heures. Sept mille

hommes y périrent; quelques auteurs en font monter le nombre jusqu'à

quinze mille. On dit que Théodose, touché de repentir, peu de temps

après le départ des courriers, en avait dépêché d'autres pour révoquer

l'ordre; mais que ceux-ci arrivèrent trop tard, ainsi qu'on a vu

presque toujours que plus les ordres méritent d'être révoqués, plus ils

volent rapidement et s'exécutent avec promptitude[779].

[Note 779: Il est extraordinaire que Zosime qui, dans son histoire,

ne ménage pas la mémoire de Théodose, n'ait pas dit un seul mot du

massacre de Thessalonique.--S.-M.]

[Note latérale: XXXVI.

Remontrances de S. Ambroise.

Ambr. ep. 51, t. 2, p. 997-1001.

Ruf. l. 12, c. 18.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 354 / 388 题