Mos. Chor. l. 3, c. 42.]]

--[L'ambassade que le roi de Perse avait envoyée à Rome l'année

précédente, était encore relative à l'Arménie. Ce malheureux pays

était rempli de troubles, et tous les seigneurs, en guerre les uns

contre les autres, ou armés contre leur roi, agissaient en princes

indépendants. Le jeune Arsace, privé du secours et de l'expérience du

connétable Manuel, ne savait comment se faire obéir dans le royaume

que la naissance lui avait donné, et que la fortune voulait lui ravir:

ses ordres étaient méconnus, et la guerre civile désolait tout le

pays. La présence des troupes romaines ne put empêcher la plupart des

dynastes de se soumettre au roi de Perse. Il est évident que, dans

les négociations qui s'ouvrirent à cette occasion, tout l'avantage

paraissait être pour les Perses. Théodose, mal assuré de l'Occident,

menacé au Nord par les Barbares, n'était pas disposé à entreprendre

une guerre sérieuse dans l'Orient, pour défendre un prince incapable

de régner et pour protéger une nation qui se jetait elle-même entre

les bras de son adversaire. Sentant sans doute toutes les difficultés

de cette guerre, il chercha à tirer le meilleur parti possible des

circonstances, en sacrifiant son malheureux allié. Les deux monarques

convinrent donc de détruire le royaume d'Arménie et de le partager

entre les deux empires, pour faire cesser à jamais les prétentions

qu'ils élevaient l'un et l'autre sur la totalité[768]. Cet arrangement

n'était pas de nature à satisfaire les seigneurs du pays qui, aussi

ardents ennemis de leurs rois qu'ils l'étaient les uns des autres, ne

détestaient guère moins au fond les Perses et les Romains, quoique la

religion les rapprochât davantage de ceux-ci. Malgré leurs dissensions,

leurs révoltes et leurs trahisons, l'indépendance nationale leur

était chère, et leur mécontentement pouvait mettre des obstacles à

l'exécution du traité de partage. Les deux souverains craignirent

sans doute de blesser trop vivement l'amour propre national des

seigneurs arméniens, et ils comprirent qu'au milieu de tant de causes

de division, il y aurait beaucoup d'inconvénient à trop multiplier

les points de contact entre les deux empires. Ils sentirent combien

il était avantageux pour eux d'être séparés par un vaste territoire

neutre à certains égards[769]. Ils résolurent donc, en maintenant le

traité de partage, de placer chacun un roi particulier dans la portion

de l'Arménie qui fut ajoutée à leur empire. Ce partage fut fait d'une

manière fort inégale, et entièrement à l'avantage des Perses[770]. Ils

obtinrent les quatre cinquièmes de l'Arménie. Les Romains n'eurent

qu'un territoire long et étroit, s'étendant du nord au sud, depuis

la Lazique ou la Colchide, jusqu'à la Mésopotamie, et de l'ouest à

l'est, depuis l'Euphrate jusqu'aux montagnes qui séparent les sources

de ce fleuve de celles de l'Araxe, se prolongeant vers le Tigre

jusqu'à Martyropolis. Cette partie comprenait la Sophène, l'Ingilène,

l'Astyanène, l'Acilisène, la Derxène, la Caranitide et plusieurs petits

cantons sauvages perdus dans les montagnes, qui séparent l'Arménie du

territoire de Trébizonde. Arsace fut contraint de se contenter de cette

faible portion de son héritage. Il quitta donc la province d'Ararat,

séjour des rois, et il vint s'établir dans l'Arménie romaine. Plusieurs

des seigneurs et des satrapes, s'attachèrent à sa fortune; ils

abandonnèrent leurs possessions et le suivirent dans l'occident avec

leurs femmes et leurs enfants. Cette émigration mécontenta beaucoup

le roi de Perse, elle lui fit connaître l'aversion que sa domination

inspirait. Il en écrivit à Arsace, lui reprochant _de chercher à

renouveller la guerre à peine éteinte entre les deux états_. Arsace lui

répondit qu'_il ne pouvait empêcher de le suivre les Arméniens, qui

refusaient de se soumettre à un gouverneur persan; que s'il voulait lui

confier la portion de l'Arménie qui lui appartenait, comme l'empereur

lui avait confié la sienne, il aurait pour lui la même obéissance;

mais que si cette proposition ne lui convenait pas, il n'empêcherait

pas les seigneurs de s'en retourner, si telle était leur volonté_. Le

prince persan se hâta, pour prévenir une plus grande défection, de

placer un Arsacide sur le trône d'Arménie. Il se nommait Chosroès; on

ignore son degré de parenté avec Arsace[771]; celui-ci, depuis la mort

de son tuteur Manuel, avait régné cinq ans sur toute l'Arménie[772].

C'est ainsi que se terminèrent tant de guerres longues et sanglantes,

dont l'Arménie avait été la cause ou le prétexte. Cette monarchie ne

fut pas cependant effacée encore du nombre des royaumes de l'Asie, elle

continua de subsister comme état particulier pendant une quarantaine

d'années[773]; mais ce traité honteux pour l'empire fut le principe de

sa ruine, et il fut la base de toutes les transactions qui eurent lieu

dans la suite entre les deux empires[774]. Les Romains ne s'occupèrent

plus des destins de l'Arménie orientale, ils ne revendiquèrent que ce

qui leur était échu dans le premier traité de partage[775].]--S.-M.

[Note 768: On voit, par ce que rapporte Ammien Marcellin, l. 30,

c. 2, que déja un projet semblable avait été proposé du temps de

Valens, pendant les négociations qui s'ouvrirent en l'an 374, après

la mort de Para. L'ambassadeur Arrhacès proposait alors de détruire

l'Arménie, perpétuel sujet de guerre entre les deux nations. _Arrace

legato ad principem misso, perpetuam ærumnarum causam deleri penitus

suadebat Armeniam._ Il est probable que le partage proposé à cette

époque, ne différait guère de celui qui fut exécuté sous le règne de

Théodose.--S.-M.]

[Note 769: Ces considérations se retrouvent dans l'historien

arménien Faustus de Byzance, l. 6, c. 1, qui était contemporain.--S.-M.]

[Note 770: C'est ce que dit Faustus de Byzance. On trouve la même

chose dans Procope, _de Ædif. Just._, l. 3, c. 1; il dit que cette

partie de l'Arménie était quadruple de l'autre, τετραπλασίαν τὴν

μοῖραν.--S.-M.]

[Note 771: Moïse de Khoren se contente de dire, l. 3, c. 42, qu'il

était Arsacide: Faustus de Byzance n'en dit pas davantage, l. 6, c. 1,

sur son origine, mais il ajoute que c'était un jeune homme.--S.-M.]

[Note 772: Depuis l'an 385 jusqu'en 390.--S.-M.]

[Note 773: On remarquera bientôt que le traité ne reçut alors

qu'une exécution imparfaite, et qu'on y dérogea plusieurs fois dans la

suite.--S.-M.]

[Note 774: On verra en l'an 416, comment le traité fut mis

définitivement à exécution, au moins de la part des Romains.--S.-M.]

[Note 775: Tillemont (Théodose le jeune, art. 27, not. 22), et

Lebeau après lui, l. XXXII, § 30 et 31, ont placé le partage de

l'Arménie à une époque bien plus moderne, en l'an 441. Les détails

circonstanciés que les Arméniens fournissent sur la chute de la

dynastie Arsacide en Arménie, montrent que tout ce que les modernes en

ont dit est un tissu d'erreurs et de faits controuvés ou mal placés.

Il n'y a parmi les auteurs grecs que le seul Procope, qui ait donné

quelques détails sur cet événement; mais ce qu'il en dit est si obscur

et se rattache si mal aux autres renseignements que les anciens nous

ont transmis, qu'il n'est pas étonnant qu'on ait commis plusieurs

erreurs en voulant faire usage de son récit. Ces détails contenus dans

le chapitre premier du livre 3e du Traité des édifices de Justinien,

se rapportent à une autre époque, non pas aussi récente qu'on l'a cru,

sans raison suffisante, mais de beaucoup postérieure cependant à la

date du premier partage. On doit les placer en l'an 416, après la mort

de Chosroès III, comme je le ferai voir en racontant cette partie de

l'histoire d'Arménie. J'employerai alors les renseignements curieux que

fournit Procope, mais dont il serait impossible de faire usage sans la

connaissance des auteurs arméniens qui, en ajoutant à sa narration,

l'éclaircissent et fournissent les moyens de la placer à sa véritable

époque. Je supprimerai en conséquence les deux courts paragraphes du

livre XXXII, § 30 et 31, dans lesquels Lebeau a raconté la destruction

du royaume d'Arménie, parce qu'ils sont erronnés sous tous les

rapports. En les ôtant de l'an 441, je reporterai sous l'an 416 tout ce

qui s'y trouve d'exact, et je le ferai entrer dans mon récit.--S.-M.]

[Note latérale: XXXIII.

Sédition de Thessalonique.

Theod. l. 5, c. 17.

Soz. l. 7, c. 25.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 351 / 388 题