Tiberii de divinis domibus. c. 4.]

Il s'était introduit dans les campagnes un autre désordre: les paysans,

pour s'affranchir de la dureté des exactions, avaient imaginé d'acheter

la protection des officiers de guerre, qui leur prêtaient le secours

de leurs soldats. Ils s'exemptaient par ce moyen de payer les taxes;

et quoiqu'ils n'en fussent pas plus heureux, étant en proie à leurs

avides défenseurs, ils souffraient le pillage avec moins de peine,

parce que les mains qui les pillaient étaient de leur choix. Tous les

empereurs, depuis Constance jusqu'à Tibère II, voulurent réformer cet

abus, qui régnait surtout en Égypte à cause du blé qu'on exigeait des

Égyptiens pour l'approvisionnement de Constantinople: il s'était aussi

établi en Syrie et en Gaule. Les habitants du même village demeuraient

chargés de la contribution, dont le protégé se faisait dispenser, en

sorte que l'exemption de l'un tournait à la ruine des autres. Constance

avait ordonné par une loi, que les patrons payeraient pour leurs

clients qu'ils auraient fait exempter: il avait condamné à la peine

capitale tout paysan qui aurait recours à un patron, et le patron, à

vingt-cinq livres d'or; la moitié des terres ainsi protégées, devait

être adjugée au fisc. Mais la violence armée l'emportait sur les lois,

et l'abus continuait toujours. Ce fut le sujet d'une remontrance de

Libanius à Théodose. Il mit sous les yeux de l'empereur les funestes

conséquences de ces patronages: les fermiers protégés vexaient leurs

voisins, et faisaient la loi aux propriétaires, qui ne pouvaient

obtenir justice, les juges étant ou corrompus ou intimidés. De plus,

les commandants des troupes gagnaient beaucoup à ce trafic qu'ils

faisaient de leur protection, ce qui produisait encore un autre mal:

la passion de s'enrichir s'était introduite dans la profession des

armes, qui doit vivre d'honneur, et qui ne soutient que par là la

supériorité qu'elle s'attribue sur les autres professions. Libanius

fait la peinture de tous ces désordres; et comme Théodose avait déja

publié une loi contre ces patronages, mais sans imposer aucune peine

aux contrevenants, ce qui la rendait inutile, l'orateur lui représente

qu'il vaudrait encore mieux ne pas toucher aux maux publics, que de n'y

point appliquer le remède, qui n'est autre que la punition. On trouve

dans le Code Théodosien une loi de l'an 392, qui interdit l'usage de

ces protections; mais cette loi n'inflige encore aucune peine, aussi

voyons-nous qu'elle fut sans effet[760].

[Note 760: Libanius parle de Juifs qui, depuis quatre générations,

cultivaient ses terres et qui refusaient de lui en payer le loyer

ou le fermage. Ils avaient, ajoute-t-il, secoué l'ancien joug, τὸν

παλαὶον ἀποσεισάμενοι ζυγὸν, et il ne pouvait en obtenir justice, parce

qu'ils se faisaient soutenir par des soldats. Liban. _de patroc._ p.

11.--S.-M.]

[Note latérale: XXIX.

Valentinien en Gaule.

Marc. chr.

Oros. l. 7, c. 35.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 346 / 388 题