Libanius n'osait plus employer son éloquence en faveur de l'idolâtrie.
Il en fit un meilleur usage: il demanda au prince la réforme de
plusieurs abus préjudiciables au bonheur des peuples. L'exercice
de la justice se corrompait de plus en plus: les juges employant
la matinée aux affaires, passaient le reste du jour à recevoir des
visites, qui n'étaient pour l'ordinaire qu'un manége de corruption. Les
sollicitations étaient devenues un trafic. Les coupables achetaient le
crédit des hommes puissants, qui vendaient leur conscience et celle des
juges. Les philosophes, les gens de lettres, les médecins se prêtaient
à ce commerce. Les professeurs publics négligeaient leurs écoles, et
passaient le temps chez les magistrats; il arrivait de là que les
moins habiles, toujours plus propres à ces intrigues, avaient le plus
grand nombre de disciples; les pères cherchant la protection du maître
plutôt que l'avancement de leurs enfants; ce qui, selon la remarque
de Libanius, préjudiciait à l'éducation publique, première source de
la prospérité ou du malheur des États. Ces solliciteurs mercenaires,
après avoir prévenu les juges en particulier, les accompagnoient aux
audiences; ils assiégeaient le tribunal; souvent ils interrompaient
les causes par leurs cris, ils allaient quelquefois jusqu'à menacer
les juges. Ce désordre subsistait depuis long-temps. Pour y remédier,
Gratien avait défendu aux magistrats de recevoir après midi aucune
visite. Cynégius, préfet d'Orient, avait rendu sur ce point une
nouvelle ordonnance. Toutes ces précautions étaient sans effet. C'était
un commerce établi, et il se trouvait trop avantageux aux plaideurs de
mauvaise foi et aux solliciteurs, pour ne pas se maintenir, à moins
qu'on ne l'arrêtât par la punition. Libanius demanda une loi sévère
à ce sujet: il conseillait à Théodose de défendre même aux juges de
donner des repas, ni d'en aller prendre chez les autres, la bonne chère
étant un appât de séduction. Il avance dans ce discours, qu'autrefois
les juges n'avaient pas la liberté de manger ailleurs que chez eux, si
ce n'était à la table de l'empereur. Il paraît par un autre ouvrage du
même orateur, que Théodose profita de cet avis, quoique la loi qu'il
fit alors ne soit pas venue jusqu'à nous.
[Note latérale: XXVIII.
Il se plaint des protections que les officiers de guerre accordent aux
paysans.
Liban. de patrocin. p. 4-25.
Cod. Th. l. 1, tit. 11, leg. 4.
Cod. Just. l. 11, tit. 53.
Justiniani novel. 17, c. 13.