Dieu couronna par d'heureux succès le zèle de ce religieux prince.
La lumière de l'Évangile pénétra dans des pays où elle était encore
inconnue: elle devint plus brillante chez les peuples qu'elle avait
déja éclairés. Saint Jérôme dit qu'on voyait tous les jours arriver
à Jérusalem des troupes de moines qui venaient de l'Éthiopie, de
l'Arménie, de la Perse et des Indes. Les Goths, dont une partie
était encore idolâtre, les Huns, qui semblaient n'avoir aucune idée
de religion, et les autres barbares du septentrion, embrassaient le
christianisme[759]. Théodose établissait des monastères dans les
lieux les plus infectés de superstition. Le mont Liban avait été de
tout temps habité par des peuples presque sauvages, séduits par les
plus grossières illusions du paganisme; l'empereur y fonda un célèbre
monastère, dont on voit encore aujourd'hui les ruines dans la vallée
de Canobine. Cette vallée est formée par une grande ouverture, qui se
prolonge plus de sept lieues dans le flanc du mont Liban. Elle est
escarpée des deux côtés, et arrosée de quantité de fontaines qui,
tombant de rochers en rochers, forment d'agréables cascades. Toutes ces
sources se réunissent au fond du vallon et forment un torrent rapide.
Ce lieu si propre à la retraite et à la dévotion, se peupla d'ermitages
et de cellules. Le monastère était bâti dans l'endroit le plus escarpé
de la montagne, vers le milieu de la pente. On y voit aujourd'hui un
couvent de Maronites; c'est le siége de leur patriarche. Tels furent
les efforts de Théodose pour éteindre l'idolâtrie; cependant il ne
l'étouffa pas entièrement. Les temples furent presque tous abattus;
mais les particuliers, malgré la défense des lois, continuèrent encore
long-temps à faire des sacrifices dans leurs maisons et à consacrer
des monuments à leurs dieux. On toléra même encore quelques solennités
païennes, des festins, des fêtes, des jeux; et il resta aux successeurs
de Théodose plusieurs superstitions à déraciner.
[Note 759: _De India, Perside, Æthiopia monachorum quotidie turbas
suscipimus. Deposuit pharetras Armenius, Hunni discunt psalterium,
Scythiæ frigora fervent calore fidei: Getarum rutilus et flavus
exercitus, ecclesiarum circumfert tentoria._ Hieron. ep. 107, _ad
Lætam_, t. 1, p. 673.--S.-M.]
[Note latérale: XXVII.
Libanius demande une loi contre les sollicitations faites aux juges.
Liban. or. cont. ingred. ad judic. 75-103.
Idem, or. cont. assidentes magistr. p. 108-126.
Idem, or. 23, ad Eustath. t. 2, p. 526.