Ce ne fut pas seulement dans l'Orient que la guerre fut déclarée aux
idoles. Valentinien, conduit par les conseils de Théodose, donna les
mêmes ordres pour l'Occident. Saint Martin, évêque de Tours, fut dans
son diocèse et dans une partie de la Gaule le fléau de l'idolâtrie.
Plusieurs évêques imitèrent son exemple, et profitèrent du zéle d'un
empereur dont le nom était devenu aussi redoutable aux idoles qu'aux
Barbares. Cette destruction ne fut pas l'ouvrage d'une seule année;
il paraît qu'elle fit la principale occupation de Théodose pendant
qu'il séjourna en Italie. Et pour réunir sous un seul point de vue tout
ce qu'il fit à ce sujet, je vais rapporter ici trois lois qui furent
publiées dans les années suivantes. La première, datée du 27 février
391, à Milan, défend d'immoler des victimes, d'entrer dans les temples
ou chapelles consacrées aux divinités païennes, d'adorer les ouvrages
de la main des hommes. Si un magistrat ose entrer dans un temple,
soit à la ville, soit à la campagne pour y adorer, il est condamné à
une amende proportionnée à son rang, ainsi que ses officiers, pour
ne pas s'être opposés à cette profanation, ou pour n'en avoir pas
aussitôt porté leur plainte à l'empereur. Cette loi est adressée au
préfet de Rome. Elle fut, le 17 de juin de la même année, renouvelée
pour l'Égypte[758], par une autre loi datée d'Aquilée. Cette dernière
ajoute qu'il n'y aura point de grace pour ceux qui auront formé quelque
entreprise en faveur des dieux et des sacrifices. Ces termes désignent
la peine de mort; mais elle ne tombe que sur les complots séditieux.
Enfin, Théodose étant retourné à Constantinople, adressa au préfet du
prétoire d'Orient, une loi du 8 de novembre 392. Celle-ci entre dans
un plus grand détail et proscrit toutes les branches d'idolâtrie: elle
défend à tout homme, de quelque condition qu'il soit, d'immoler en
aucun lieu des victimes, de faire même aucun sacrifice, aucune offrande
à ses dieux domestiques dans l'intérieur de sa maison, d'allumer des
cierges en leur honneur, de brûler de l'encens, de suspendre des
guirlandes: «Si quelqu'un ose sacrifier ou consulter les entrailles
des victimes pour découvrir l'avenir, toute personne sera reçue à
l'accuser comme s'il était criminel de lèse-majesté, et il sera puni
comme tel, quand même sa curiosité n'aurait pas eu pour objet la
personne du prince: il est assez coupable de vouloir franchir les
bornes que la Providence a posées à nos connaissances, et s'instruire
du moment auquel les vœux criminels qu'il fait contre la vie des autres
hommes, seront accomplis. Ceux qui offriront de l'encens aux idoles,
qui orneront les arbres de rubans et de bandelettes, qui dresseront
des autels de gazon, faisant à la religion une grande injure, quoique
les hommages qu'ils rendent aux fausses divinités soient de peu de
valeur, seront punis par la confiscation de la maison ou de la terre
que leur superstition aura profanée. Si quelqu'un fait un sacrifice
dans une maison ou sur une terre qui ne lui appartienne pas, supposé
que le propriétaire n'en ait pas eu connaissance, le coupable payera
une amende de vingt-cinq livres d'or; le propriétaire en paiera autant
s'il est complice». Les juges, les défenseurs des villes, les officiers
municipaux sont chargés de veiller sur ces profanations et de les
déférer aux magistrats, sur peine de se rendre eux-mêmes coupables,
s'ils y manquent, soit par faveur, soit par négligence. Les magistrats
qui, étant avertis, n'auront pas fait leur devoir, seront condamnés,
eux et leurs officiers subalternes, à payer trente livres d'or.
[Note 758: Le rescrit à ce sujet fut adressé à Évagrius, préfet
augustal d'Égypte, et à Romanus, comte ou commandant des troupes dans
le même pays. Voy. ci-devant, § 13, p. 401.--S.-M.]
[Note latérale: XXVI.
État où Théodose laissa l'idolâtrie.
Hieron. ep. 107, t. 1, p. 673.
Baronius.
Pagi ad Baron.