Till. Théod. art. 58 et 59.]

Il fut plus difficile de purger la Syrie et les provinces voisines.

Plusieurs villes résistèrent aux ordres de l'empereur. Le temple de

Damas fut changé en une église; on en fit de même du fameux temple

d'Héliopolis, consacré au soleil, et dont les murailles étaient

incrustées de trois sortes de marbres en compartiments[750]. Les

païens, après l'avoir défendu quelque temps les armes à la main, furent

enfin obligés de céder. Mais les habitants de Pétra et d'Aréopolis

en Arabie, et ceux de Raphia en Palestine, montrèrent une résolution

si opiniâtre de conserver leurs dieux, que l'empereur ne jugea pas à

propos d'en venir aux extrémités. Il était dangereux de soulever ces

provinces voisines des Sarrasins et des Perses. Afin d'épargner le sang

des habitants de Gaza, déterminés à sacrifier leur vie pour leur dieu

Marnas[751], Théodose se contenta d'en faire fermer les temples[752].

Le zèle de Marcel, évêque d'Apamée, une des principales villes de

la Syrie[753], fut couronné par le martyre. Le peuple, obstiné dans

l'idolâtrie, étant instruit des ordres de Théodose, fit venir des

Galiléens idolâtres et des paysans du mont Liban[754] pour défendre ses

temples. Mais le comte d'Orient[755] étant arrivé dans la ville avec

deux tribuns suivis de leurs soldats, on n'osa faire de résistance

et les temples furent abattus. Il restait encore celui de Jupiter.

C'était un solide et superbe édifice, construit de grandes pierres,

liées ensemble avec le fer et le plomb. Comme le comte fatiguait ses

soldats sans beaucoup avancer la démolition, Marcel lui conseilla de

s'en aller ailleurs exécuter les ordres du prince, et de le laisser

chargé de ce travail, dont il espérait venir à bout avec le secours de

Dieu. Il y réussit en effet par un miracle que Théodoret rapporte fort

au long. Il détruisit ensuite les temples des campagnes voisines. Mais

ayant entrepris de ruiner celui d'Aulone[756], canton du territoire

d'Apamée, il fut surpris par les païens et brûlé vif[757]. Quelque

temps après, comme ses enfants (car il avait été marié avant son

épiscopat) voulaient accuser en justice les meurtriers, le synode de la

province leur défendit toute poursuite: _N'étant pas juste_, disaient

ces saints prélats, _de tirer vengeance d'une mort heureuse pour Marcel

et glorieuse pour sa famille_.

[Note 750: Ce qu'on appelait à Héliopolis, τὸ Τρίλιθον, était

le temple du Soleil lui-même. Cette dénomination venait, à ce qu'il

paraît, de ce que son soubassement était formé de _trois_ énormes

_pierres_. Il est souvent question de ce monument dans les auteurs

arabes, qui parlent de la Syrie et de ses anciens édifices. On a donné

des explications bien diverses de ce nom assez facile à interpréter,

et celle de Lebeau n'est pas encore la plus mauvaise de toutes. Voyez

à ce sujet la traduction d'Abd-allathif par M. Silvestre de Sacy, p.

507.--S.-M.]

[Note 751: Ce nom, qui signifie en syriaque _le seigneur des

hommes_, désignait la principale divinité de Gaza. On le trouve sur

plusieurs des médailles de cette ville.--S.-M.]

[Note 752: «L'Égyptien Sérapis est devenu chrétien, dit S. Jérôme,

et Marnas de Gaza pleure enfermé, redoutant la destruction de son

temple.» _Jam Ægyptius Serapis factus est christianus. Marnas Gazæ

luget inclusus, et eversionem templi jugiter pertimescit._ Hieron. ep.

107, t. 1, p. 673.--S.-M.]

[Note 753: Ἀπάμεια ἡ πρὸς τῷ Ἀξίῷ ποταμᾧ, Apamée sur l'Axius; tel

était le nom que les Macédoniens avaient donné au fleuve Orontes, qui

traverse la plus grande partie de la Syrie, en mémoire du fleuve Axius

de Macédoine.--S.-M.]

[Note 754: Πολλάκις Γαλιλαίων ἀνδρῶν, καὶ τῶν περὶ τὸν Λίβανον

κωμῶν. Soz. l. 7, c. 15.--S.-M.]

[Note 755: C'était, selon Théodoret, l. 5, cap. 21, le préfet

du prétoire d'Orient, τῆς ἑῴας ὁ ὕπαρχος; Valois a ajouté, dans sa

traduction latine le nom de Cynégius, qu'il est impossible d'admettre,

puisque ce ministre était mort au commencement de l'an 388.--S.-M.]

[Note 756: Πυθόμενος δὲ μέγιστον εἶναι νάον ἐν τῷ Αὐλῶνι, κλῖμα

δὲ τοῦτο τῆς Ἀπαμέων χώρας. Sozom. lib. 7, c. 15. Par l'_Aulone_, cet

auteur entend sans doute toute la partie du territoire des Apaméens,

situé dans la plaine de l'Orontes.--S.-M.]

[Note 757: Les églises grecques et latines célèbrent sa mémoire le

14 août.--S.-M.]

[Note latérale: XXV.

Lois contre l'idolâtrie.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 342 / 388 题