Il fut plus difficile de purger la Syrie et les provinces voisines.
Plusieurs villes résistèrent aux ordres de l'empereur. Le temple de
Damas fut changé en une église; on en fit de même du fameux temple
d'Héliopolis, consacré au soleil, et dont les murailles étaient
incrustées de trois sortes de marbres en compartiments[750]. Les
païens, après l'avoir défendu quelque temps les armes à la main, furent
enfin obligés de céder. Mais les habitants de Pétra et d'Aréopolis
en Arabie, et ceux de Raphia en Palestine, montrèrent une résolution
si opiniâtre de conserver leurs dieux, que l'empereur ne jugea pas à
propos d'en venir aux extrémités. Il était dangereux de soulever ces
provinces voisines des Sarrasins et des Perses. Afin d'épargner le sang
des habitants de Gaza, déterminés à sacrifier leur vie pour leur dieu
Marnas[751], Théodose se contenta d'en faire fermer les temples[752].
Le zèle de Marcel, évêque d'Apamée, une des principales villes de
la Syrie[753], fut couronné par le martyre. Le peuple, obstiné dans
l'idolâtrie, étant instruit des ordres de Théodose, fit venir des
Galiléens idolâtres et des paysans du mont Liban[754] pour défendre ses
temples. Mais le comte d'Orient[755] étant arrivé dans la ville avec
deux tribuns suivis de leurs soldats, on n'osa faire de résistance
et les temples furent abattus. Il restait encore celui de Jupiter.
C'était un solide et superbe édifice, construit de grandes pierres,
liées ensemble avec le fer et le plomb. Comme le comte fatiguait ses
soldats sans beaucoup avancer la démolition, Marcel lui conseilla de
s'en aller ailleurs exécuter les ordres du prince, et de le laisser
chargé de ce travail, dont il espérait venir à bout avec le secours de
Dieu. Il y réussit en effet par un miracle que Théodoret rapporte fort
au long. Il détruisit ensuite les temples des campagnes voisines. Mais
ayant entrepris de ruiner celui d'Aulone[756], canton du territoire
d'Apamée, il fut surpris par les païens et brûlé vif[757]. Quelque
temps après, comme ses enfants (car il avait été marié avant son
épiscopat) voulaient accuser en justice les meurtriers, le synode de la
province leur défendit toute poursuite: _N'étant pas juste_, disaient
ces saints prélats, _de tirer vengeance d'une mort heureuse pour Marcel
et glorieuse pour sa famille_.
[Note 750: Ce qu'on appelait à Héliopolis, τὸ Τρίλιθον, était
le temple du Soleil lui-même. Cette dénomination venait, à ce qu'il
paraît, de ce que son soubassement était formé de _trois_ énormes
_pierres_. Il est souvent question de ce monument dans les auteurs
arabes, qui parlent de la Syrie et de ses anciens édifices. On a donné
des explications bien diverses de ce nom assez facile à interpréter,
et celle de Lebeau n'est pas encore la plus mauvaise de toutes. Voyez
à ce sujet la traduction d'Abd-allathif par M. Silvestre de Sacy, p.
507.--S.-M.]
[Note 751: Ce nom, qui signifie en syriaque _le seigneur des
hommes_, désignait la principale divinité de Gaza. On le trouve sur
plusieurs des médailles de cette ville.--S.-M.]
[Note 752: «L'Égyptien Sérapis est devenu chrétien, dit S. Jérôme,
et Marnas de Gaza pleure enfermé, redoutant la destruction de son
temple.» _Jam Ægyptius Serapis factus est christianus. Marnas Gazæ
luget inclusus, et eversionem templi jugiter pertimescit._ Hieron. ep.
107, t. 1, p. 673.--S.-M.]
[Note 753: Ἀπάμεια ἡ πρὸς τῷ Ἀξίῷ ποταμᾧ, Apamée sur l'Axius; tel
était le nom que les Macédoniens avaient donné au fleuve Orontes, qui
traverse la plus grande partie de la Syrie, en mémoire du fleuve Axius
de Macédoine.--S.-M.]
[Note 754: Πολλάκις Γαλιλαίων ἀνδρῶν, καὶ τῶν περὶ τὸν Λίβανον
κωμῶν. Soz. l. 7, c. 15.--S.-M.]
[Note 755: C'était, selon Théodoret, l. 5, cap. 21, le préfet
du prétoire d'Orient, τῆς ἑῴας ὁ ὕπαρχος; Valois a ajouté, dans sa
traduction latine le nom de Cynégius, qu'il est impossible d'admettre,
puisque ce ministre était mort au commencement de l'an 388.--S.-M.]
[Note 756: Πυθόμενος δὲ μέγιστον εἶναι νάον ἐν τῷ Αὐλῶνι, κλῖμα
δὲ τοῦτο τῆς Ἀπαμέων χώρας. Sozom. lib. 7, c. 15. Par l'_Aulone_, cet
auteur entend sans doute toute la partie du territoire des Apaméens,
situé dans la plaine de l'Orontes.--S.-M.]
[Note 757: Les églises grecques et latines célèbrent sa mémoire le
14 août.--S.-M.]
[Note latérale: XXV.
Lois contre l'idolâtrie.