En effet, Évagrius, préfet d'Égypte[707], et Romanus qui commandait
les troupes de la province avec la qualité de comte[708], voyant que
cette sédition n'était pas une de ces émeutes passagères, si fréquentes
dans Alexandrie, mais que l'acharnement et la fureur croissaient de
jour en jour, crurent qu'il était temps d'employer leur autorité. Ils
se présentèrent aux portes du temple de Sérapis; et s'adressant aux
séditieux qui se montraient aux fenêtres et sur le haut des toits, ils
leur demandèrent comment ils étaient assez hardis pour prendre les
armes, et assez barbares pour égorger leurs concitoyens sur les autels
de leurs dieux. On ne leur répondit que par des cris confus. En vain,
ils leur remontrèrent que leur attentat était un crime d'état; qu'un
brigandage si atroce allait armer contre eux toute la puissance de
l'empire et toute la rigueur des lois: ils ne furent pas écoutés, et
ils se retirèrent persuadés qu'on ne pouvait réduire que par la force
des esprits si opiniâtres. Mais comme ils craignaient qu'il n'en coûtât
beaucoup de sang, ils en écrivirent à l'empereur et attendirent ses
ordres. Cependant la fureur des séditieux s'embrasait de plus en plus,
par la vue de leurs crimes passés et par les discours d'Olympe. _Après
avoir immolé les impies_, leur disait-il, _vous devez, s'il en est
besoin, vous sacrifier vous-mêmes. En mourant pour la défense de vos
dieux, vous vous rendrez immortels comme eux._
[Note 707: Il est appelé Évétius par Eunapius dans la vie d'Édésius
(tom. 1, pag. 44, _ed._ Boiss.), c'est, je crois, par une faute de
copiste.--S.-M.]
[Note 708: Eunapius désigne ainsi ces deux officiers. Εὐετίου δὲ
τὴν πολιτικὴν ἀρχὴν ἄρχοντος, Ῥωμανοῦ δὲ τοὺς κατ' Αἴγυπτον στρατιώτας
πεπιστευμένου. Eunap. _in Ædes._ tom. 1, p. 44, ed. Boiss. Sozomène
en parle en ces termes, l. 7, c. 15, ἦρχε δὲ τοτε τῶν ἐν Αἰγύπτῳ
στρατιωτικῶν ταγμάτων Ῥωμανός. Ἐυάγριος δὲ ὕπαρχος τῆς Ἀλεξανδρείας
ἡγεῖτο.--S.-M.]
[Note latérale: XIV.