Cet imposteur inspirait aux autres plus de courage et de résolution
qu'il n'en avait lui-même. Lorsqu'il sut que les ordres de l'empereur
allaient arriver, il sortit secrètement du temple pendant la nuit, et
s'étant jeté dans un vaisseau il passa en Italie, où il demeura caché.
Pour justifier sa fuite, il racontait qu'étant cette nuit-là dans le
temple de Sérapis, dont les portes étaient fermées, pendant que tous
ses compagnons étaient endormis, il avait entendu une voix qui chantait
_Alleluia_, et qu'il avait jugé que les ordres de l'empereur alloient
donner l'avantage aux chrétiens. Le jour étant venu, les courriers
arrivèrent; et les païens ayant quitté leurs armes, comme s'ils eussent
espéré que le rescrit de Théodose leur serait favorable, vinrent se
rendre dans la place devant le temple, pour en entendre la lecture. A
peine eut-on lu les premiers mots, où l'empereur marquait l'horreur
qu'il avait du paganisme, que les chrétiens poussèrent un cri de joie,
et que les païens glacés de frayeur oublièrent leur fureur passée et
leur Sérapis, et ne songèrent plus qu'à cacher leur honte. Quelques-uns
se confondirent dans la foule des chrétiens; d'autres se dispersèrent
dans la ville et dans les campagnes, où ils cherchèrent les retraites
les plus secrètes. Chacun d'eux ne voyait plus que la punition qu'il
avait méritée. Plusieurs abandonnèrent l'Égypte. Deux pontifes,
Helladius et Ammonius, se réfugièrent à Constantinople, où n'étant
pas connus, ils ouvrirent une école de grammaire[709]. Ammonius avait
été prêtre d'un singe adoré comme divinité par les Égyptiens[710].
Helladius avait fait la fonction de prêtre de Jupiter: il continua
toute sa vie à gémir sur le désastre de l'idolâtrie, et il se vantait
à ses amis d'avoir tué de sa main neuf chrétiens dans la sédition
d'Alexandrie[711].
[Note 709: Socrate dit, lib. 5, c. 16, que dès son enfance, il
avait été leur disciple à Constantinople, οἱ δύο γραμματικοὶ, Ἑλλάδιος
καὶ Ἀμμώνιος, παρ' οἶς ἐγὼ κομιδῆ νέος ὢν ἐν τῇ Κωνσταντίνου πόλει
ἐφοίτησα.--S.-Μ.]
[Note 710: Ἑλλάδιος μὲν οὖν ἱερεὺς τοῦ Διὸς εἶναι ἐλέγετο· Ἀμμώνιος
δὲ πιθήκου. Socr. l. 5, c. 16.--S.-M.]
[Note 711: Ἑλλάδιος δὲ παρά τισιν ἤυχει, ὡς ἐννέα εἴη ἄνδρας ἐν τῇ
συμπληγάδι φονεύσας. Soc. l. 5, c. 16.-S.-M.]
[Note latérale: XV.