Les séditieux devenus plus hardis à force d'attentats et de meurtres,
songèrent à se donner un chef. Entre les prêtres de Sérapis était
un imposteur nommé Olympe[704]. Il était venu de Cilicie pour se
consacrer au culte de ce Dieu. Un extérieur de philosophe[705], une
grande taille, un air imposant, joint à un esprit pénétrant, avisé,
insinuant et à un caractère affable et officieux à l'égard de ceux de
sa religion, le faisaient regarder dans Alexandrie comme le héros du
parti. Il avait cette éloquence ardente et emphatique qui sait enivrer
le peuple et allumer dans les cœurs le feu du fanatisme. Il prenait
le ton de prophète; et se disant inspiré de Sérapis, il avait prédit
à ses plus intimes confidents, que ce Dieu allait bientôt quitter son
temple. Dans le temps que Cynégius renversait les idoles en diverses
provinces de l'Orient, et que les païens consternés semblaient
douter de la puissance de leurs dieux, il les affermissait dans leur
religion, en leur représentant _que ces statues n'étaient qu'une
matière corruptible; mais que les intelligences éternelles qui les
avaient habitées s'étaient retirées dans les cieux_[706]. Ce fut cet
enthousiaste que les rebelles mirent à leur tête, pour les commander
dans les attaques, et pour régler la défense, si on entreprenait de les
forcer.
[Note 704: Sozomène l'appelle Olympius. Voyez la note
suivante.--S.-M.]
[Note 705: _Olympum quemdam nomine et habitu solo philosophum._
Rufin. l. 12, c. 22. Un certain Olympius qui était avec eux sous
l'habit de philosophe, dit Sozomène, l. 7, c. 15, les persuadait de
ne pas abandonner leurs rites nationaux, mais, s'il le fallait, de
mourir plutôt pour eux. Ὀλύμπιός τις ἐν φιλοσόφου σχήματι συνὼν αὐτοῖς,
καὶ πείθων χρῆναι μὴ ἀμελεῖν τῶν πατρίων, ἀλλ' εἰ δέοι ὑπὲρ ἀυτῶν
θνήσκειν.--S.-M.]
[Note 706: Ὓλην φθαρτὴν καὶ ἰνδάλματα λέγων εἶναι τὰ ἀγάλματα, καὶ
διὰ τοῦτο ἀφανισμὸν ὑπομένειν· δυνάμεις δὲ τινας ἐνοικῆσαι ἀυτοῖς, καὶ
εἰς οὐρανὸν ἀποπτῆναι. Sozom. l. 7, c. 15.--S.-M.]
[Note latérale: XIII.