Les payens, irrités[701] qu'on dévoilât leurs honteux mystères,
entrèrent en fureur, ils s'animèrent à la vengeance; et s'attroupant
dans tous les quartiers de la ville, ils se jetèrent à main armée sur
les chrétiens. C'était à chaque instant des combats; le sang ruisselait
dans toutes les rues. Les chrétiens étaient supérieurs pour le nombre
et la qualité des personnes; mais leur religion, ennemie de la violence
et du carnage, leur inspirait la modération. Les payens avaient fait du
temple de Sérapis leur fort et leur citadelle[702]. De là sortant avec
rage ils blessaient ou tuaient les uns, ils entraînaient les autres
avec eux et les forçaient à sacrifier. Ceux qui refusaient étaient mis
à mort par les plus cruels tourments: on les attachait en croix, on
leur brisait les jambes, on les précipitait dans les fosses construites
autrefois pour recevoir le sang des victimes et les autres immondices
du temple. L'église honore entre ses martyrs ceux qui, dans cette
occasion, préférèrent la mort à l'apostasie[703].
[Note 701: C'étaient plus particulièrement les philosophes,
à ce qu'assure Socrate, l. 5, c. 16, καὶ μάλιστα οἱ φιλοσοφεῖν
ἐπαγγελλόμενοι.--S.-M.]
[Note 702: Καταλαμβάνουσι τὸ Σεράπιον, ils s'emparèrent du
_Serapeum_, dit Sozomène, lib. 7, cap. 15; ils en sortirent inopinément
comme d'une forteresse, ajoute-t-il, ἐντεῦθεν ὡς ἀπ' ἄκρας τινὸς
ἐξαπιναίως ἐλθόντες, et ils prirent beaucoup de chrétiens, συνέλαβόν τε
πολλοὺς Χριστιανῶν, κ. τ. λ.--S.-M.]
[Note 703: C'est le 17 mars que l'on célèbre la mémoire de ces
martyrs.--S.-M.]
[Note latérale: XII.