L'évêque Théophile acheva de les couvrir de confusion. Ce prélat était
depuis quatre ans assis sur le siége de cette capitale de l'Égypte.
C'était un homme de beaucoup d'esprit et de savoir, hardi dans ses
entreprises, constant et intrépide dans l'exécution. Il y avait dans
la ville un ancien temple de Bacchus[698], dont il ne restait rien
de solide que les murailles. Constance l'avait autrefois donné à
ces faux évêques, qu'il envoyait pour prendre la place d'Athanase.
Théophile le demanda à l'empereur pour ouvrir une nouvelle église au
peuple catholique, dont le nombre croissait tous les jours. Pendant
qu'on travaillait à la réparation de cet édifice, on découvrit des
souterrains plus propres à receler des crimes, qu'à servir à des
cérémonies de religion; c'était le dépôt des mystères secrets. On y
trouva un grand nombre de figures bizarres, ridicules, infames, que
la superstition dissolue avait autrefois exposées à la vénération
des peuples[699], mais qu'elle cachait avec soin, depuis que le
christianisme avait ouvert les yeux aux hommes. Théophile, plus ardent
que circonspect, affecta de les produire au grand jour, et de les faire
promener dans la ville, pour décrier l'idolâtrie[700].
[Note 698: Διονύσου ἱερόν, dit Sozomène, l. 7, cap. 15. C'était
sans doute un temple d'Osiris; car, comme on le sait par un grand
nombre de témoignages antiques, tel était le nom de Bacchus chez les
Égyptiens. Rufin dit, lib. 12, c. 22, que c'était une basilique,
_basilica quædam_, un temple quelconque.--S.-M.]
[Note 699: C'étaient des _phallus_, au dire de Socrate, l. 5, c.
16, et de Sozomène; comme on le voit par le passage suivant du livre
7, ch. 15, de cet auteur. Φαλλοὺς, καὶ εἴ τι ἕτερον ἐν τοῖς ἀδύτοις
κεκρυμμένον κατεγέλαστον ἦν ἢ ἐφαίνετο, δημοσίᾳ ἦγεν εἰς ἐπίδειξιν.
Rufin rapporte la même chose, l. 12, c. 22. _Reperta in loco sunt antra
quædam latentia, et terræ defossa latrociniis et sceleribus magis quam
cærimoniis apta._--S.-M.]
[Note 700: Il ordonna, dit Socrate, lib. 5, c. 16, d'exposer ces
_phallus_ au milieu du marché, τοὺς φαλλοὺς φέρεσθαι κελεύσας διὰ μέσης
τῆς ἀγορᾶς.--S.-M.]
[Note latérale: XI.