Alexandrie était dans l'empire le second rempart où l'idolâtrie
continuait à se défendre. La superstition égyptienne, la plus ancienne
de toutes et la plus chargée des chimères que l'esprit humain sait
produire, y dominait encore, malgré les efforts de tant de saints
évêques. Cynégius, qui avait été envoyé en Égypte cinq ans auparavant,
n'avait osé entreprendre de détruire le paganisme dans une ville
fanatique et séditieuse; mais la découverte d'une horrible imposture,
toute semblable à celle qui, du temps de Tibère, avait excité une
indignation générale, aida beaucoup à décréditer les idoles. Un prêtre
de Saturne, nommé Tyrannus, abusait des femmes les plus qualifiées de
la ville, en persuadant à leurs maris que le Dieu exigeait qu'elles
passassent la nuit dans son temple. Les maris s'estimaient honorés de
la préférence; ils paraient eux-mêmes leurs épouses et les conduisaient
au rendez-vous. La nuit venue, le prêtre, caché dans la statue du Dieu,
faisait parler l'idole; il éteignait les lampes au moyen de certaines
cordes disposées à ce dessein, et contentait ses désirs impurs. Une
femme moins crédule que les autres le reconnut à sa voix; elle en
avertit son mari. Le fourbe appliqué à la question avoua ses crimes: il
fut puni; mais la honte de son impiété rejaillit sur tous les payens
d'Alexandrie.
[Note latérale: X.
Occasion d'une sédition des payens dans Alexandrie.
Ruf. l. 12. c. 22, et seq.
Socr. l. 5. c. 16 et 17.
Soz. l. 7. c. 15 et 20.
Eunap. in Ædesio. t. 1. p. 44 et 45. ed. Boiss.
Macrob. l. 1. c. 20.
Theod. l. 5. c. 22.
Suidas, Ὄλυμπος et Σάραπις.
Amm. l. 22. c. 16.
Liban. de templis. p. 20 et 21.
Prosp. prom. l. 3, c. 38.
Marc. chr. Theoph. p. 61 et 62.