Le sénat n'avait pas moins besoin de réforme, que le peuple. Les
richesses y avaient usurpé le rang au-dessus des dignités. Sans égard
au grade supérieur que donnaient les magistratures, c'étaient les
plus opulents qui opinaient les premiers. Cet avantage les rendant
redoutables, ils captivaient les avis; en sorte qu'on n'osait les
contredire, et que la fortune faisant taire la prudence, décidait dans
tous les conseils. Théodose rappela l'ancien usage qui réglait l'ordre
des avis sur celui des dignités; il voulut même rétablir la censure,
depuis long-temps abolie. Cette magistrature semblait nécessaire pour
resserrer la discipline, qui se relâchait de jour en jour dans toutes
les parties de l'état; cependant Symmaque s'y opposa. Entre les raisons
qu'il pouvait apporter, nous savons seulement qu'il allégua que, dans
des temps où la cabale emportait presque toutes les charges, c'était
ouvrir aux hommes puissants une porte à la tyrannie. Le sénat fut de
son avis, et Théodose se désista de son dessein. Il fut plus heureux
dans la réforme d'un abus qu'avait introduit la mollesse. Dès avant
l'établissement des empereurs, le barreau était fermé pendant une
grande partie de l'année. Auguste et ses successeurs avaient été de
temps en temps obligés de retrancher des fêtes et des jeux publics,
pour laisser un cours plus libre aux affaires. Marc-Aurèle avait fixé
dans l'année deux cent trente jours pour l'exercice de la justice.
C'était plus qu'il n'y en avait jamais eu depuis le temps de l'ancienne
république. Ce nombre se trouvait fort diminué sous Théodose, et il
était à craindre que la paresse, qui trouve aisément des prétextes,
souvent même religieux, pour se dispenser du travail, ne le diminuât
de plus en plus. Pour y remédier, l'empereur fit une loi[694] selon
laquelle le barreau devait être ouvert tous les jours, excepté dans les
temps qu'elle marquait expressément: c'étaient trente jours dans la
saison de la moisson, autant dans celle des vendanges, le premier et
le dernier jour de chaque année, le troisième de janvier, qui, selon
une ancienne coutume, était consacré à des vœux pour le salut des
empereurs, le 21 d'avril et le 11 de mai, jours de la fondation de Rome
et de Constantinople, la quinzaine de Pâques, tous les dimanches de
l'année, et l'anniversaire de la naissance et de l'avénement au trône
des empereurs actuellement régnants. C'étaient là les seules vacations
du barreau. Ainsi il restait deux cent quarante jours employés sans
exception aux actes judiciaires. On voit que ni la fête de Noël, ni
celle de l'Épiphanie, ni la Pentecôte, n'étaient même exceptées,
quoiqu'elles fussent dès lors au nombre des fêtes les plus solennelles
des chrétiens.
[Note 694: Celle loi est datée de Rome, le 7 août 389.--S.-M.]
[Note latérale: VI.
Etat de l'Idolâtrie dans Rome.
Ambr. ep. 17. t. 2. p. 876.
Aug. serm. 62. t. 5. p. 364 et serm. 105. p. 547.
Prud. in Sym. l. 1.
Zos. l. 4. c. 59.
Suid. Θεοδόσιος.