Fleury, hist. ecclés. 1. l. 19. art. 14, 15.]

Quoique Théodose fût ennemi de l'erreur, il exigeait des chrétiens

la modération et la douceur qui fait le plus beau caractère de la

religion qu'ils professent. Callinicus[679] était une ville épiscopale

de l'Osrhoène, sous la métropole d'Édesse; elle fut depuis nommée

Leontopolis. Les Juifs y avaient une synagogue, et les hérétiques

Valentiniens[680], un temple enrichi d'un grand nombre d'offrandes.

Les habitants chrétiens brûlèrent la synagogue; et les moines,

troublés dans l'exercice de leurs cérémonies religieuses[681] par

les hérétiques, mirent le feu au temple, dont les richesses furent

consumées[682]. Le comte d'Orient, en écrivit à Théodose, qui était

à Milan, et accusa l'évêque d'avoir conseillé ces violences. Le

prince ordonna que l'évêque rebâtirait la synagogue à ses dépens,

que les moines seraient sévèrement punis, et qu'on dédommagerait les

Valentiniens de la perte qu'ils avaient faite. Ambroise était alors à

Aquilée. Ayant appris l'ordre de l'empereur, il lui écrivit pour en

obtenir la révocation. Il se plaignait qu'on eût condamné l'évêque

sans l'avoir entendu: il représentait que _les ordres du prince

allaient faire ou des prévaricateurs, si les chrétiens y obéissaient,

ou des martyrs, s'ils aimaient mieux obéir à la loi de Dieu et de

leur conscience: que l'on avait laissé impunies les violences tant

de fois exercées contre l'église, soit par les Juifs, soit par les

hérétiques[683]: quelle honte serait-ce pour un empereur chrétien,

qu'on eût sujet de dire que son bras ne s'armait que pour venger les

hérétiques et les Juifs!_ Cette lettre n'ayant pas produit l'effet

qu'il désirait, il retourna promptement à Milan; et l'empereur étant

venu à l'église, l'évêque prit le ton du prophète Nathan, en faisant

parler Dieu à Théodose en ces termes: _C'est moi qui vous ai choisi

pour vous élever à l'empire; je vous ai livré l'armée de votre ennemi;

je l'ai réduit sous votre puissance; j'ai placé vos enfants sur le

trône; je vous ai fait triompher sans peine; et vous faites triompher

de moi mes ennemis!_ Comme il descendait de la tribune, Théodose lui

dit: _Mon père, vous avez bien parlé aujourd'hui contre nous_: _Non pas

contre vous, prince_, repartit Ambroise, _mais pour vous_. L'empereur

avoua qu'il était trop dur d'obliger l'évêque à la réparation de la

synagogue; _mais_, ajouta-t-il, _les moines sont coupables de beaucoup

de désordres_[684]. Comme Timasius, maître de la milice, naturellement

hautain et insolent, qui était présent à cet entretien, s'emportait

en invectives contre les moines: _Je parle à l'empereur_, lui dit

Ambroise; _avec vous je traiterais autrement_[685]. Il obtint que

l'ordre fût révoqué, et ne consentit à célébrer les saints mystères,

qu'après avoir tiré de Théodose une parole réitérée. Ce n'est pas

que ce saint prélat autorisât les procédés violents en matière de

religion: il avait montré le contraire dans l'affaire de Priscillien.

Mais il regardait comme un crime, de forcer des chrétiens à rétablir

des édifices dans lesquels Dieu était outragé. Cependant, comme les

chrétiens, trop souvent animés contre les Juifs d'une haine que le

christianisme n'autorise pas, continuaient en Orient de détruire ou

de piller leurs synagogues: cinq ans après, Théodose ordonna de punir

sévèrement ces excès[686], déclarant que la secte judaïque n'était

proscrite par aucune loi, et qu'elle devait avoir par tout son empire

le libre exercice de sa religion.

[Note 679: Voyez au sujet de cette ville, qui s'appelle

actuellement _Rakkah_, tom. 3, pag. 65, not. 3, liv. XIV, § 7.--S.-M.]

[Note 680: Ces hérétiques, dit saint Ambroise, ep. 40, t. 2, p.

951, adorent trente-deux éons qu'ils appellent dieux, _isti triginta

et duos æonas colunt, quos appellant deos_. Ces hérétiques appelés

aussi Gnostiques, faisaient partie de ces sectes, qui unissaient

la philosophie et la théologie des Orientaux, aux dogmes du

christianisme.--S.-M.]

[Note 681: Ils avaient été insultés pendant la célébration de la

fête des Macchabées.--S.-M.]

[Note 682: _In partibus orientis in quodam castello à christianis

viris synagoga Judæorum et lucus Valentinianorum incendio concremata

sunt, propterea quod Judæi vel Valentiniani insultarent monachis

christianis._ Paulin. _Vit. Ambros._ § 22.--S.-M.]

[Note 683: Saint Ambroise parle des églises brûlées par les Juifs

du temps de Julien, et en particulier de deux basiliques à Damas.

Elles étaient encore en ruines de son temps; elles avaient été à

peine réparées, non pas aux frais de la synagogue, mais à ceux de

l'église. _Quarum una vix reparata est, sed ecclesiæ non synagogæ

impendiis: altera basilica informibus horret ruinis._ L'évêque de

Milan fait mention de beaucoup d'autres églises brûlées à Gaza, à

Béryte, à Ascalon et à Alexandrie; et il termine en employant ces

paroles peu charitables: _Ecclesia non vindicata est, vindicabitur

synagoga._--S.-M.]

[Note 684: _Re vera de synagoga reparanda ab episcopo durius

statueram, sed emendatum est. Monachi multa scelera faciunt._ Ambr. ep.

41, tom. 2, p. 963.--S.-M.]

[Note 685: _Ego cum imperatore ago, ut oportet: quia novi quod

habeat domini timorem; tecum autem aliter agendum, qui tam dura

loqueris._ Ambr. ep. 41, t. 2, p. 963.--S.-M.]

[Note 686: Par une loi rendue le 29 septembre 393, et adressée à

Addæus, commandant des troupes d'Orient, dans l'Osrhoène.--S.-M.]

[Note latérale: LXVIII.

Théodose exclus du sanctuaire.

Theod. l. 5. c. 17.

Soz. l. 7. c. 25.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 313 / 388 题