Ce fut un bonheur, pour l'état et pour l'Église, d'avoir en même temps
un évêque dont la liberté héroïque retenait dans de justes bornes
la puissance souveraine, et un souverain dont la généreuse docilité
se prêtait aux conseils salutaires de l'évêque. C'était une coutume
introduite par la flatterie et tolérée par la timide complaisance
des prélats, que les empereurs, pendant la célébration de l'office,
fussent assis dans le sanctuaire, où les prêtres seuls avaient leur
place, selon l'ancienne discipline. Un jour que Théodose y était
resté après avoir fait son offrande, Ambroise s'en étant aperçu, lui
envoya demander ce qu'il attendait: _J'attends_, répondit l'empereur,
_le moment de participer aux saints mystères_. Alors l'évêque lui
fit dire par un de ses diacres, _que le sanctuaire était réservé
aux seuls prêtres; que la pourpre donnait droit à l'empire, mais
non pas au sacerdoce, et qu'il devait prendre place avec les autres
laïques_. Théodose reçut cet avis avec respect, et se retira hors de la
balustrade, en disant, _qu'il n'avait eu dessein de rien entreprendre
contre les canons de l'Église; qu'il avait trouvé cette coutume établie
à Constantinople, et qu'il remerciait l'évêque de l'avoir instruit de
son devoir_. Il retint si fidèlement cette leçon, qu'étant retourné
à Constantinople, la première fois qu'il vint à l'église, il sortit
du sanctuaire, après avoir porté son offrande à l'autel. L'évêque
Nectarius lui ayant envoyé demander pourquoi il ne restait pas dans
l'enceinte sacrée: _Hélas!_ dit-il en soupirant, _j'ai appris bien
tard la différence d'un évêque et d'un empereur! Que de temps il m'a
fallu pour trouver un homme qui osât me dire la vérité! Je ne connais
qu'Ambroise qui soit digne du nom d'évêque._ Depuis ce temps les
empereurs prirent leur place dans l'église à la tête du peuple, hors
de l'enceinte destinée aux prêtres; et cette coutume subsista sous les
successeurs de Théodose; jusqu'à ce que les princes usurpèrent une
partie des fonctions ecclésiastiques; et que, par un mélange bizarre,
voulant être tout à la fois empereurs et évêques, ils ne furent ni
évêques ni empereurs.