Hermant, vie de S. Ambr. l. 6. c. 15.]

Ce fut un bonheur, pour l'état et pour l'Église, d'avoir en même temps

un évêque dont la liberté héroïque retenait dans de justes bornes

la puissance souveraine, et un souverain dont la généreuse docilité

se prêtait aux conseils salutaires de l'évêque. C'était une coutume

introduite par la flatterie et tolérée par la timide complaisance

des prélats, que les empereurs, pendant la célébration de l'office,

fussent assis dans le sanctuaire, où les prêtres seuls avaient leur

place, selon l'ancienne discipline. Un jour que Théodose y était

resté après avoir fait son offrande, Ambroise s'en étant aperçu, lui

envoya demander ce qu'il attendait: _J'attends_, répondit l'empereur,

_le moment de participer aux saints mystères_. Alors l'évêque lui

fit dire par un de ses diacres, _que le sanctuaire était réservé

aux seuls prêtres; que la pourpre donnait droit à l'empire, mais

non pas au sacerdoce, et qu'il devait prendre place avec les autres

laïques_. Théodose reçut cet avis avec respect, et se retira hors de la

balustrade, en disant, _qu'il n'avait eu dessein de rien entreprendre

contre les canons de l'Église; qu'il avait trouvé cette coutume établie

à Constantinople, et qu'il remerciait l'évêque de l'avoir instruit de

son devoir_. Il retint si fidèlement cette leçon, qu'étant retourné

à Constantinople, la première fois qu'il vint à l'église, il sortit

du sanctuaire, après avoir porté son offrande à l'autel. L'évêque

Nectarius lui ayant envoyé demander pourquoi il ne restait pas dans

l'enceinte sacrée: _Hélas!_ dit-il en soupirant, _j'ai appris bien

tard la différence d'un évêque et d'un empereur! Que de temps il m'a

fallu pour trouver un homme qui osât me dire la vérité! Je ne connais

qu'Ambroise qui soit digne du nom d'évêque._ Depuis ce temps les

empereurs prirent leur place dans l'église à la tête du peuple, hors

de l'enceinte destinée aux prêtres; et cette coutume subsista sous les

successeurs de Théodose; jusqu'à ce que les princes usurpèrent une

partie des fonctions ecclésiastiques; et que, par un mélange bizarre,

voulant être tout à la fois empereurs et évêques, ils ne furent ni

évêques ni empereurs.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 314 / 388 题