Cod. Th. l. 15, tit. 14, leg. 6.]

Jamais victoire, après une guerre civile, ne fut moins sanglante

ni plus désintéressée. Théodose pouvait regarder comme sa conquête

tout l'Occident, et surtout les provinces que Maxime avait enlevées

à Gratien, et que le jeune Valentinien n'avait jamais possédées.

La perfidie de ceux qui s'étaient livrés au tyran, et qui avaient

secondé son usurpation, le mettait en droit de les punir. Il rendit

à Valentinien tout ce qu'il avait perdu; il y ajouta le reste de

l'Occident, et n'écouta point les conseils d'une politique avide et

ambitieuse, qui aurait bien su lui établir des droits spécieux sur

la Gaule, l'Espagne et la Grande-Bretagne. Il accorda une amnistie

générale à ceux qui avaient suivi le parti de Maxime; il leur conserva

leurs biens et leur liberté. En les dépouillant des dignités qu'ils

tenaient de la main du tyran, il les laissa jouir de celles qu'ils

possédaient avant la révolte. Toutes les inimitiés cessèrent avec

la guerre. Théodose oublia qu'il avait vaincu; et, ce qui est plus

difficile encore et plus avantageux pour assurer la paix, les vaincus

oublièrent qu'ils avaient été ses ennemis. On vit alors, ce qui,

selon la remarque d'un auteur payen, ne peut être que l'effet d'une

vertu rare et sublime, un prince devenir meilleur lorsqu'il n'eut

plus rien à craindre, et sa bonté croître avec sa grandeur. Théodose

veilla plus que jamais à entretenir ses sujets dans la prospérité

et dans l'abondance; et tandis que les autres princes croyent faire

beaucoup après une guerre civile, en rendant aux légitimes possesseurs

leurs terres dépouillées et ravagées, il tira de son propre trésor de

quoi restituer aux particuliers les sommes d'or et d'argent qui leur

avaient été enlevées par le tyran. Il prit soin de la mère et des

filles de Maxime, et leur assigna des pensions pour subsister avec

honneur[672]. La femme de ce tyran avait apparemment fini ses jours;

autrement, l'histoire n'aurait pas oublié le traitement que lui aurait

fait Théodose. Ce caractère de clémence était soutenu par les conseils

de saint Ambroise, qui n'employait son crédit auprès du prince que

pour combattre la flatterie toujours cruelle, et les passions des

courtisans, toujours basses et intéressées.

[Note 672: _Inimici tui filias revocasti, nutriendas apud affinem

dedisti, matri hostis tui misisti de ærario tuo sumptus._ Ambr. ep. 40,

t. 2, p. 955.--S.-M.]

[Note latérale: LXV.

Actions de justice.

Ruf. l. 12, c. 17.

Cod. Th. l. 4, tit. 22, leg. 3 et ibi God. l. 10, tit. 21, leg. 2, et

ibi God. l. 15, tit. 14, leg. 7 et 8.

Till. vie de S. Ambr. art. 53.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 310 / 388 题