Jamais victoire, après une guerre civile, ne fut moins sanglante
ni plus désintéressée. Théodose pouvait regarder comme sa conquête
tout l'Occident, et surtout les provinces que Maxime avait enlevées
à Gratien, et que le jeune Valentinien n'avait jamais possédées.
La perfidie de ceux qui s'étaient livrés au tyran, et qui avaient
secondé son usurpation, le mettait en droit de les punir. Il rendit
à Valentinien tout ce qu'il avait perdu; il y ajouta le reste de
l'Occident, et n'écouta point les conseils d'une politique avide et
ambitieuse, qui aurait bien su lui établir des droits spécieux sur
la Gaule, l'Espagne et la Grande-Bretagne. Il accorda une amnistie
générale à ceux qui avaient suivi le parti de Maxime; il leur conserva
leurs biens et leur liberté. En les dépouillant des dignités qu'ils
tenaient de la main du tyran, il les laissa jouir de celles qu'ils
possédaient avant la révolte. Toutes les inimitiés cessèrent avec
la guerre. Théodose oublia qu'il avait vaincu; et, ce qui est plus
difficile encore et plus avantageux pour assurer la paix, les vaincus
oublièrent qu'ils avaient été ses ennemis. On vit alors, ce qui,
selon la remarque d'un auteur payen, ne peut être que l'effet d'une
vertu rare et sublime, un prince devenir meilleur lorsqu'il n'eut
plus rien à craindre, et sa bonté croître avec sa grandeur. Théodose
veilla plus que jamais à entretenir ses sujets dans la prospérité
et dans l'abondance; et tandis que les autres princes croyent faire
beaucoup après une guerre civile, en rendant aux légitimes possesseurs
leurs terres dépouillées et ravagées, il tira de son propre trésor de
quoi restituer aux particuliers les sommes d'or et d'argent qui leur
avaient été enlevées par le tyran. Il prit soin de la mère et des
filles de Maxime, et leur assigna des pensions pour subsister avec
honneur[672]. La femme de ce tyran avait apparemment fini ses jours;
autrement, l'histoire n'aurait pas oublié le traitement que lui aurait
fait Théodose. Ce caractère de clémence était soutenu par les conseils
de saint Ambroise, qui n'employait son crédit auprès du prince que
pour combattre la flatterie toujours cruelle, et les passions des
courtisans, toujours basses et intéressées.
[Note 672: _Inimici tui filias revocasti, nutriendas apud affinem
dedisti, matri hostis tui misisti de ærario tuo sumptus._ Ambr. ep. 40,
t. 2, p. 955.--S.-M.]
[Note latérale: LXV.
Actions de justice.
Ruf. l. 12, c. 17.
Cod. Th. l. 4, tit. 22, leg. 3 et ibi God. l. 10, tit. 21, leg. 2, et
ibi God. l. 15, tit. 14, leg. 7 et 8.
Till. vie de S. Ambr. art. 53.