Marcellinus était arrivé le même jour à Pétau. Théodose s'étant remis
en marche le lendemain, vint le troisième jour sur le soir camper en sa
présence. Les deux généraux et les deux armées ne respiraient que le
combat: le succès animait les uns; la rage et le désir de la vengeance
enflammait les autres. Ils passèrent la nuit dans une égale impatience.
Dès que le jour parut, on se rangea en bataille: c'était des deux
côtés la même disposition; les cavaliers sur les ailes, l'infanterie
au centre; à la tête, des pelotons de troupes légères. On s'ébranla,
et, après quelques décharges de traits et de javelots, on s'avança
de part et d'autre avec une égale fierté pour se charger l'épée à la
main. La victoire fut quelque temps disputée. Marcellinus savait la
guerre, il avait un courage digne d'une meilleure cause; ses soldats
se battaient en désespérés; enfin, enfoncés de toutes parts, ils se
débandèrent et prirent la fuite. Ce ne fut plus alors qu'un affreux
carnage: la plupart, mortellement blessés, allèrent mourir dans les
forêts voisines, ou se précipitèrent dans le fleuve. La nuit mit fin
au massacre et à la poursuite. Au commencement de la déroute, un grand
corps de troupes baissa ses enseignes, et demanda quartier: les soldats
jetant leurs armes se tinrent prosternés à terre, comme pour attendre
leur sentence. L'empereur, doux et tranquille dans l'ardeur même de la
bataille, leur ordonna avec bonté de se relever et de se joindre à son
armée; et ses ennemis, devenus tout-à-coup ses soldats, partagèrent
avec leurs vainqueurs la joie de leur propre défaite. L'histoire ne
parle plus de Marcellinus, qui périt apparemment au milieu du carnage.
[Note latérale: LX.
Théodose poursuit Maxime.
Pacat. c. 37, 38, 40 et 41.
Ambr. ep. 40. t. 2, p. 946.