Pour écarter l'orage dont l'Italie était menacée, Justine s'adressa
encore une fois à saint Ambroise. Elle l'avait employé quatre ans
auparavant à négocier un accommodement avec Maxime; et quoiqu'elle
n'eût payé ce service que de traitements injurieux, elle comptait assez
sur sa générosité pour lui confier de nouveau ses plus grands intérêts;
d'ailleurs c'était fermer la bouche au tyran, qui se couvrait du
prétexte de la religion, que de lui opposer le prélat qui en était le
plus ardent défenseur. Ambroise accepta cette commission difficile; il
s'empressa de montrer à Justine et à toute la terre, que la persécution
ne relâche pas les nœuds sacrés qui attachent les vrais chrétiens à
leur prince: et ne croyant pas qu'il lui fût permis de vendre à son
souverain les services qu'il lui devait, il regarda comme une bassesse
de profiter du besoin qu'on avait de sa personne, pour exiger aucune
condition, même en faveur de l'église catholique. Il partit après
Pâques pour se rendre à Trèves auprès de Maxime. Il avait ordre de
sonder les dispositions du tyran, de renouveller avec lui le traité de
paix, et de lui demander les cendres de Gratien, pour leur donner une
sépulture honorable.
[Note latérale: XLVI.