A ces mots, il s'élève un cri général. Tous se dispersent pour aller
porter cette heureuse nouvelle à leurs femmes et à leurs enfants. La
veille on accusait de lenteur et Flavien et Césarius; aujourd'hui
on s'étonne qu'une affaire si importante, si difficile, ait été si
promptement terminée. On ouvre les bains publics; on orne les rues
et les places de festons et de guirlandes; on y dresse des tables;
Antioche entière n'est plus qu'une salle de festin. La nuit suivante
égale la lumière des plus beaux jours; la ville est éclairée de
flambeaux; on bénit l'Être souverain qui tient en sa main le cœur
des princes; on célèbre la clémence de l'empereur; on comble de
louanges Flavien, Hellébichus et Césarius. Hellébichus prend part à
la réjouissance publique; il se mêle dans les jeux, dans les festins.
Les jours suivants on lui dressa des statues ainsi qu'à Césarius, et
lorsqu'il fut ensuite rappelé par l'empereur, il fut conduit hors de
la ville avec les vœux et les acclamations de tout le peuple. Flavien
reçut à son arrivée des témoignages de reconnaissance encore plus
précieux et plus dignes d'un évêque; il fut honoré comme un ange de
paix, et toutes les églises retentirent d'actions de graces. Il eut
même la consolation de retrouver encore sa sœur, à qui Dieu avait
prolongé la vie jusqu'à son retour, et de recevoir ses derniers
soupirs. Plusieurs villes s'étaient intéressées en faveur d'Antioche:
le sénat et le peuple de Constantinople avaient joint leurs instances
à celles de Césarius et de Flavien. Séleucie, située sur la mer, à
quarante stades de l'embouchure de l'Oronte, avait aussi envoyé une
députation à l'empereur. Cette ville célèbre, autrefois appelée _la
sœur d'Antioche_, avait beaucoup perdu de son ancien lustre. Antioche
après en avoir été long-temps jalouse, affectait alors de la mépriser;
et ses habitants enivrés d'un insolent orgueil au milieu même de leurs
désastres, disaient hautement qu'ils aimaient mieux voir périr leur
patrie, que de devoir son salut à de pareils intercesseurs. Il paraît
que les habitants d'Antioche ayant obtenu leur pardon, osèrent demander
à Théodose la permission de donner à leur ville le nom d'Arcadius; mais
on ne voit pas que ce prince ait eu égard à leur demande. Ainsi se
terminèrent les suites d'une sédition que la politique se serait cru
obligée de châtier à la rigueur, pour donner un exemple terrible. Celui
qui veille en même temps à la sûreté et à la gloire des monarques qui
le servent, ne voulut armer contre les coupables que le bras de leurs
propres magistrats; il ne laissa au prince que l'honneur de pardonner.
[Note latérale: XLIV.
Maxime se prépare à la guerre.
Ruf. l. 12. c. 16.
Pacat. paneg. c. 25, 26, 27, 28.
Theod. l. 5, c. 14.