Depuis que Césarius était parti d'Antioche, les esprits flottaient
entre l'espérance et la crainte. Les prisonniers surtout recevaient
sans cesse des alarmes par les bruits publics qui se répandaient, _que
l'empereur était inflexible; qu'il persistait dans la résolution de
ruiner la ville_. Leurs parents et leurs amis gémissant avec eux, leur
disaient tous les jours le dernier adieu, et l'éloquente charité de
saint Jean Chrysostôme pouvait à peine les rassurer. Enfin, la lettre
de Théodose arriva pendant la nuit et fut rendue à Hellébichus. Cet
officier généreux sentit le premier toute la joie qu'il allait répandre
dans Antioche. Il attendit le jour avec impatience; et dès le matin il
se transporta au prétoire. L'allégresse peinte sur son visage annonçait
le salut; il fut bientôt environné d'une foule de peuple qui poussait
des cris de joie; et ce lieu arrosé de tant de larmes quelques jours
auparavant, retentissait d'acclamations et d'éloges. Tous ceux que la
crainte avait jusqu'alors tenus cachés, accouraient avec transport:
tous s'efforçaient d'approcher d'Hellébichus. Ayant imposé silence,
il fit lui-même la lecture de la lettre; elle contenait des reproches
tendres et paternels: Théodose y paraissait plus touché des insultes
faites à Flaccilla et à son père, que de celles qui tombaient sur
lui-même. Il y censurait cet esprit de révolte et de mutinerie qui
semblait faire le caractère du peuple d'Antioche; mais il ajoutait
qu'il était encore plus naturel à Théodose de pardonner. Il témoignait
être affligé que les magistrats eussent ôté la vie à quelques
coupables, et finissait par révoquer tous les ordres qu'il avait donnés
pour la punition de la ville et des habitants.
[Note latérale: XLIII.
Joie de toute la ville.
Chrysost. Hom. 21, c. 4, t. 2, p. 222.
Idem in ep. ad Coloss. Hom. 7, c. 3, t. 11, p. 374.