Pendant le discours de Flavien, l'empereur avait fait effort sur
lui-même pour resserrer sa douleur. Enfin, ne pouvant plus retenir
ses larmes: _Pourrions-nous_, dit-il, _refuser le pardon à des hommes
semblables à nous, après que le maître du monde s'étant réduit pour
nous à la condition d'esclave, a bien voulu demander grace à son père
pour les auteurs de son supplice qu'il avait comblés de ses bienfaits!_
Flavien, touché de la plus vive reconnaissance, demandait à l'empereur
la permission de demeurer à Constantinople, pour célébrer avec lui la
fête de Pâques: _Allez, mon père_, lui dit Théodose; _hâtez-vous de
vous montrer à votre peuple, rendez le calme à la ville d'Antioche;
elle ne sera parfaitement rassurée après une si violente tempête, que
lorsqu'elle reverra son pilote_. L'évêque le suppliait d'envoyer son
fils Arcadius: le prince, pour lui témoigner que s'il lui refusait
cette grace, ce n'était par aucune impression de ressentiment, lui
répondit: _Priez Dieu qu'il me délivre des guerres dont je suis menacé,
et vous me verrez bientôt moi-même_. Lorsque le prélat eut passé le
détroit, Théodose lui envoya encore des officiers de sa cour pour le
presser de se rendre à son troupeau avant la fête de Pâques. Quoique
Flavien usât de toute la diligence dont il était capable, cependant
pour ne pas dérober à son peuple quelques moments de joie, il se fit
devancer par des courriers, qui portèrent la lettre de l'empereur avec
une promptitude incroyable.
[Note latérale: XLII.
Le pardon est annoncé aux habitants d'Antioche.
Chrysost. Hom. 21, c. 1, et 4, t. 2, p. 213 et 222.