Les deux commissaires convinrent qu'Hellébichus demeurerait dans la
ville, et que Césarius irait à Constantinople. Ils firent transférer
les criminels dans une prison plus commode. C'était un vaste édifice,
orné de portiques et de jardins, où, sans les délivrer de leurs
chaînes, on leur permit de recevoir toutes les consolations de la
vie. Cette nouvelle fit renaître l'espérance, dont les effets se
diversifiaient selon la différence des caractères. Les citoyens
sensés bénissaient Dieu et lui rendaient des actions de grâces; ils
se flattaient que l'empereur, en considération de la fête de Pâques
qui approchait, pardonnerait les offenses qu'il avait reçues. Mais
une jeunesse dissolue, dont cette ville voluptueuse était remplie,
s'abandonnait déja aux excès d'une joie extravagante; elle avait en
un moment oublié tous ses malheurs. Dès le lendemain du départ de
Césarius, pendant que les principaux d'Antioche étaient dans les fers,
et le pardon encore incertain, les bains publics étant fermés, une
troupe de jeunes libertins coururent au fleuve, sautant, dansant,
chantant des chansons lascives, et entraînant avec eux les femmes
qu'ils rencontraient. Ces désordres n'échappèrent pas aux sévères
réprimandes de saint Jean Chrysostôme: pour les tirer de cette folle
sécurité, il fit de nouveau gronder sur leurs têtes le tonnerre de la
vengeance divine et les menaces de celle du prince.
[Note latérale: XXXVIII.
Césarius va trouver l'empereur.
Liban. or. 20, t. 2, p. 519-521.
Theod. l. 5, c. 20.