Ils se trouvaient dans un extrême embarras, et n'étaient guère moins
agités au-dedans d'eux-mêmes, que les coupables dont ils devaient
prononcer la sentence. D'un côté, les ordres de l'empereur leur
faisaient craindre d'attirer sur eux toute sa colère; de l'autre,
les cris et les vives instances des habitants et surtout des moines,
dont les plus hardis menaçaient d'arracher les criminels des mains
des bourreaux, et de subir eux-mêmes le supplice, désarmaient leur
sévérité. Dans cet état d'incertitude, ils arrivèrent aux portes du
prétoire, où l'on avait déja conduit ceux qui devaient être condamnés.
Ils y rencontrèrent un nouvel obstacle. Les évêques qui étaient alors
dans Antioche, et il s'en trouvait toujours quelques-uns dans cette
capitale de l'Orient, se présentent devant eux; ils les arrêtent et
leur déclarent que s'ils ne veulent leur passer sur le corps, il faut
qu'ils leur promettent de laisser la vie aux prisonniers. Sur le refus
des commissaires, ils s'obstinent à leur fermer le passage. Enfin
Césarius et Hellébichus ayant témoigné par un signe de tête qu'ils
leur accordaient leur demande, ces prélats poussent un cri de joie,
ils leur baisent les mains, ils embrassent leurs genoux. Le peuple et
les moines se jettent en même temps dans le prétoire, et la garde ne
peut arrêter cette foule impétueuse. Alors cette mère éplorée, qui
n'avait pas quitté la bride du cheval d'Hellébichus, apercevant son
fils chargé de chaînes, court à lui, l'entoure de ses bras, le couvre
de ses cheveux, le traîne aux pieds d'Hellébichus, et les arrosant de
ses larmes, elle conjure ce général avec des cris et des sanglots, de
lui rendre l'unique soutien de sa vieillesse, ou de lui arracher à
elle-même la vie. Les moines redoublent leurs instances: ils supplient
les juges de renvoyer le jugement à l'empereur; ils offrent de partir
sur-le-champ et promettent d'obtenir la grace de tant de malheureux.
Les commissaires ne pouvant retenir leurs larmes, se rendent enfin;
ils consentent à surseoir l'exécution jusqu'à la décision de Théodose.
Mais ils ne veulent pas exposer tant de vieillards, atténués par
les austérités, aux fatigues d'un long et pénible voyage: ils leur
demandent seulement une lettre; ils se chargent de la porter au prince
et d'y joindre les plus pressantes sollicitations. Les solitaires
composèrent une requête dans laquelle, en implorant la clémence de
Théodose, ils lui mettaient devant les yeux le jugement de Dieu, et
protestaient que s'il fallait encore du sang pour apaiser son courroux,
ils étaient prêts à donner leur vie pour le peuple d'Antioche.
[Note latérale: XXXVII.
La joie renaît dans Antioche.
Chrysost. Hom. 17, c. 2, hom. 18, c. 4, hom. 20, c. 7.