Liban. or. 21, t. 2, p. 531 et 532.]

Ils se trouvaient dans un extrême embarras, et n'étaient guère moins

agités au-dedans d'eux-mêmes, que les coupables dont ils devaient

prononcer la sentence. D'un côté, les ordres de l'empereur leur

faisaient craindre d'attirer sur eux toute sa colère; de l'autre,

les cris et les vives instances des habitants et surtout des moines,

dont les plus hardis menaçaient d'arracher les criminels des mains

des bourreaux, et de subir eux-mêmes le supplice, désarmaient leur

sévérité. Dans cet état d'incertitude, ils arrivèrent aux portes du

prétoire, où l'on avait déja conduit ceux qui devaient être condamnés.

Ils y rencontrèrent un nouvel obstacle. Les évêques qui étaient alors

dans Antioche, et il s'en trouvait toujours quelques-uns dans cette

capitale de l'Orient, se présentent devant eux; ils les arrêtent et

leur déclarent que s'ils ne veulent leur passer sur le corps, il faut

qu'ils leur promettent de laisser la vie aux prisonniers. Sur le refus

des commissaires, ils s'obstinent à leur fermer le passage. Enfin

Césarius et Hellébichus ayant témoigné par un signe de tête qu'ils

leur accordaient leur demande, ces prélats poussent un cri de joie,

ils leur baisent les mains, ils embrassent leurs genoux. Le peuple et

les moines se jettent en même temps dans le prétoire, et la garde ne

peut arrêter cette foule impétueuse. Alors cette mère éplorée, qui

n'avait pas quitté la bride du cheval d'Hellébichus, apercevant son

fils chargé de chaînes, court à lui, l'entoure de ses bras, le couvre

de ses cheveux, le traîne aux pieds d'Hellébichus, et les arrosant de

ses larmes, elle conjure ce général avec des cris et des sanglots, de

lui rendre l'unique soutien de sa vieillesse, ou de lui arracher à

elle-même la vie. Les moines redoublent leurs instances: ils supplient

les juges de renvoyer le jugement à l'empereur; ils offrent de partir

sur-le-champ et promettent d'obtenir la grace de tant de malheureux.

Les commissaires ne pouvant retenir leurs larmes, se rendent enfin;

ils consentent à surseoir l'exécution jusqu'à la décision de Théodose.

Mais ils ne veulent pas exposer tant de vieillards, atténués par

les austérités, aux fatigues d'un long et pénible voyage: ils leur

demandent seulement une lettre; ils se chargent de la porter au prince

et d'y joindre les plus pressantes sollicitations. Les solitaires

composèrent une requête dans laquelle, en implorant la clémence de

Théodose, ils lui mettaient devant les yeux le jugement de Dieu, et

protestaient que s'il fallait encore du sang pour apaiser son courroux,

ils étaient prêts à donner leur vie pour le peuple d'Antioche.

[Note latérale: XXXVII.

La joie renaît dans Antioche.

Chrysost. Hom. 17, c. 2, hom. 18, c. 4, hom. 20, c. 7.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 282 / 388 题