Hardiesse de Macédonius.]

Ils continuaient leur marche, lorsqu'un vieillard dont l'extérieur

n'avait rien que de méprisable, s'avança à leur rencontre. Il était

de petite taille, vêtu d'habits sales et déchirés. Saisissant par

le manteau l'un des deux commissaires, il leur commanda à tous deux

de descendre de cheval. Indignés de cette audace, ils allaient le

repousser avec insulte, lorsqu'on leur dit que c'était Macédonius. Ce

nom les frappa d'une vénération profonde. Macédonius vivait depuis

long-temps sur le sommet des plus hautes montagnes de Syrie, occupé

jour et nuit de la prière. L'austérité de sa vie lui avait fait donner

le surnom de Crithophage[640], parce qu'il ne se nourrissait que de

farine d'orge. Quoiqu'il fût très-simple, sans aucune connaissance

des choses du monde, et qu'il se fût rendu comme invisible aux autres

hommes, il était célèbre dans tout l'Orient. Les commissaires s'étant

jetés à ses pieds, le priaient de leur pardonner, et de souffrir qu'ils

exécutassent les ordres de l'empereur. Alors ce solitaire, instruit

par la sagesse divine, leur parla en ces termes: «Mes amis, portez ces

paroles au prince: Vous n'êtes pas seulement empereur, vous êtes homme,

et vous commandez à des hommes de même nature que vous. L'homme a été

formé à la ressemblance de Dieu. N'est-ce donc pas un attentat contre

Dieu même, de détruire cruellement son image? On ne peut outrager

l'ouvrage, sans irriter l'ouvrier. Considérez à quelle colère vous

emporte l'insulte faite à une figure de bronze. Et une figure vivante,

animée, raisonnable, n'est-elle pas d'un plus grand prix? Il nous est

aisé de rendre à l'empereur vingt statues pour une seule; mais après

nous avoir ôté la vie, il lui sera impossible de rétablir un seul

cheveu de notre tête.» Le discours de cet homme sans lettres[641] fit

une vive impression sur les commissaires. Ils promirent à Macédonius de

faire part à l'empereur de ses sages remontrances.

[Note 640: Κριθοφάγος, c'est-à-dire _mangeur d'orge_. Théodoret

a donné la vie de ce personnage dans son _Histoire monastique_, c.

13.--S.-M.]

[Note 641: Théodoret nous apprend que ce solitaire, qui ne savait

pas le grec, s'exprima en langue syriaque, τῇ Σύρῳ ἔλεγε γλώττῃ. c.

13. Des interprètes furent chargés de rendre en grec le sens de son

discours.--S.-M.]

[Note latérale: XXXVI.

Les commissaires remettent l'affaire au jugement de l'empereur.

Chrysost. Hom. 17, c. 2, t. 2, p. 572.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 281 / 388 题