Theod. l. 5, c. 20.]

Le troisième jour devait être le plus funeste: tous les habitants

étaient glacés d'effroi. C'était le jour destiné au jugement et à

l'exécution des coupables. Avant le lever du soleil les commissaires

sortent de leur demeure à la lueur des flambeaux. Ils montraient

une contenance plus sévère que la veille, et l'on croyait déja lire

sur leur front la sentence qu'ils allaient prononcer. Comme ils

traversaient la grande place, suivis d'une foule de peuple, une femme

avancée en âge, la tête nue, les cheveux épars, saisit la bride du

cheval d'Hellébichus, et s'y tenant attachée, elle l'accompagne avec

des cris lamentables. Elle demandait grace pour son fils, distingué par

ses emplois et par le mérite de son père. En même temps Hellébichus

et Césarius se voient environnés d'une multitude inconnue, que des

vêtements lugubres, des visages pâles et exténués faisaient ressembler

à des fantômes plutôt qu'à des hommes. C'étaient les solitaires des

environs d'Antioche, qui dans cette conjoncture étaient accourus de

toutes parts; et tandis que les philosophes païens, plus orgueilleux,

mais aussi timides que le vulgaire, étaient allés chercher leur sûreté

sur les montagnes et dans les cavernes, les moines, qui étaient alors

les vrais philosophes du christianisme et qui portaient ce nom à juste

titre, avaient abandonné leurs cavernes et leurs montagnes, pour venir

consoler et secourir leurs concitoyens. Ils s'attroupent en grand

nombre autour des commissaires; ils leur parlent avec hardiesse; ils

offrent leurs têtes à la place des accusés; ils protestent qu'ils ne

quitteront les juges qu'après avoir obtenu grace. Ils demandent d'être

envoyés à l'empereur: _Nous avons_, disent-ils, _un prince chrétien

et religieux; il écoutera nos prières; nous ne vous permettrons pas

de tremper vos mains dans le sang de vos frères, ou nous mourrons

avec eux_. Hellébichus et Césarius tâchaient de les écarter, en leur

répondant qu'ils n'étaient pas maîtres de pardonner, et qu'ils ne

pouvaient désobéir au prince sans se rendre eux-mêmes aussi coupables

que le peuple d'Antioche.

[Note latérale: XXXV.

Histoire du Bas-Empire. Tome 04 · 第 280 / 388 题