Le troisième jour devait être le plus funeste: tous les habitants
étaient glacés d'effroi. C'était le jour destiné au jugement et à
l'exécution des coupables. Avant le lever du soleil les commissaires
sortent de leur demeure à la lueur des flambeaux. Ils montraient
une contenance plus sévère que la veille, et l'on croyait déja lire
sur leur front la sentence qu'ils allaient prononcer. Comme ils
traversaient la grande place, suivis d'une foule de peuple, une femme
avancée en âge, la tête nue, les cheveux épars, saisit la bride du
cheval d'Hellébichus, et s'y tenant attachée, elle l'accompagne avec
des cris lamentables. Elle demandait grace pour son fils, distingué par
ses emplois et par le mérite de son père. En même temps Hellébichus
et Césarius se voient environnés d'une multitude inconnue, que des
vêtements lugubres, des visages pâles et exténués faisaient ressembler
à des fantômes plutôt qu'à des hommes. C'étaient les solitaires des
environs d'Antioche, qui dans cette conjoncture étaient accourus de
toutes parts; et tandis que les philosophes païens, plus orgueilleux,
mais aussi timides que le vulgaire, étaient allés chercher leur sûreté
sur les montagnes et dans les cavernes, les moines, qui étaient alors
les vrais philosophes du christianisme et qui portaient ce nom à juste
titre, avaient abandonné leurs cavernes et leurs montagnes, pour venir
consoler et secourir leurs concitoyens. Ils s'attroupent en grand
nombre autour des commissaires; ils leur parlent avec hardiesse; ils
offrent leurs têtes à la place des accusés; ils protestent qu'ils ne
quitteront les juges qu'après avoir obtenu grace. Ils demandent d'être
envoyés à l'empereur: _Nous avons_, disent-ils, _un prince chrétien
et religieux; il écoutera nos prières; nous ne vous permettrons pas
de tremper vos mains dans le sang de vos frères, ou nous mourrons
avec eux_. Hellébichus et Césarius tâchaient de les écarter, en leur
répondant qu'ils n'étaient pas maîtres de pardonner, et qu'ils ne
pouvaient désobéir au prince sans se rendre eux-mêmes aussi coupables
que le peuple d'Antioche.
[Note latérale: XXXV.