Hellébichus et Césarius étant partis avec ces ordres rigoureux,
rencontrèrent Flavien et redoublèrent sa douleur. Il continua sa
route avec plus d'empressement pour obtenir quelque grace. Les deux
commissaires se hâtèrent d'arriver en Syrie. La renommée qui les
devança, renouvela la terreur dans Antioche. On publiait qu'ils
venaient à la tête d'une troupe de soldats qui ne respiraient que le
sang et le pillage. Les habitants prononçaient eux-mêmes leur propre
sentence: _On égorgera le sénat; on détruira la ville de fond en
comble; on la réduira en cendres avec son peuple; on y fera passer
la charrue; et, pour éteindre notre race, on poursuivra le fer et le
feu à la main, jusque dans les montagnes et les déserts, ceux qui
y chercheront une retraite._ On attendait en tremblant le moment
de leur arrivée. On se disposait de nouveau à prendre la fuite.
Le gouverneur, qui était païen, vint à l'église, où une multitude
innombrable s'était assemblée, comme dans un asile; il y parla au
peuple, et s'efforça de le rassurer. Lorsqu'il se fut retiré, saint
Jean Chrysostôme fit reproche aux chrétiens d'avoir eu besoin d'une
voix étrangère pour affermir des cœurs que la confiance en Dieu devait
rendre inébranlables. Enfin, ceux qui connaissaient le caractère des
deux officiers, vinrent à bout de calmer ces alarmes. On commença de
se persuader que le prince ne voulait pas ruiner Antioche, puisqu'il
confiait sa vengeance à deux ministres si équitables et si modérés.
A leur approche, une foule de peuple sortit au-devant d'eux, et les
conduisit à leur demeure avec des acclamations mêlées de prières et de
larmes. C'était le soir du 29 de mars.
[Note latérale: XXXII.
Conduite qu'ils y tiennent.
Chrysost. Hom. 17, c. 2, hom 18, c. 1 et 4.
Liban. or. 12, t. 2, p. 398, 20, p. 517, 21, 529 et seq.