Il y avait déja huit jours que les courriers qui portaient à l'empereur
la nouvelle de la sédition, étaient partis d'Antioche, lorsqu'on apprit
qu'ils avaient été arrêtés dans leur route par divers accidents, et
obligés de quitter les chevaux de poste pour prendre les voitures
publiques. On crut qu'il était encore temps de les prévenir; et
toute la ville s'adressa à l'évêque Flavien, prélat vénérable par sa
sainteté, et chéri de l'empereur. Il accepta cette pénible commission;
et ni les infirmités d'une extrême vieillesse, ni la fatigue d'un long
voyage dans une saison incommode et pluvieuse, ni l'état où se trouvait
une sœur unique qu'il aimait tendrement et qu'il laissait au lit de
la mort, ne purent arrêter son zèle. Résolu de mourir ou de fléchir
la colère du prince, il part au milieu des larmes de son peuple. Tous
les cœurs le suivent par leurs vœux; on espère que la bonté naturelle
de l'empereur ne pourra se défendre d'écouter un prélat si respecté.
Zosime fait honneur de cette députation à Libanius et à un certain
Hilaire distingué, dit-il[639], par sa naissance et par son savoir.
Nous avons en effet deux discours de Libanius, qui semblent avoir été
prononcés devant l'empereur, l'un pour apaiser sa colère, l'autre pour
louer sa clémence. Mais ce n'est qu'une fiction de déclamateur. Si l'on
s'en rapporte à Libanius lui-même, il paraît qu'il ne sortit point de
la ville. Ce sophiste qui veut toujours jouer un grand rôle, prétend
avoir beaucoup servi à rassurer les habitants et à disposer ensuite à
la douceur les commissaires de Théodose. Il y a tout lieu de croire
que ce récit de Zosime n'est qu'une fable inventée pour dérober aux
chrétiens la gloire d'avoir sauvé Antioche.
[Note 639: Selon Zosime, Théodose le fit ensuite gouverneur de
toute la Palestine. Ἱλάριος δὲ δια τὸ μέγεθος τῆς ἀρετῆς, ἐπαίνων
ἀξιωθεὶς, ἄρχειν παρὰ βασιλέως ἐτάττετο Παλαίστινης ἀπάσης. Zos. l. 4,
c. 41.--S.-M.]
[Note latérale: XXX.
Colère de l'empereur.
Chrysost. Hom. 14, c. 6, t. 2, p. 149; hom. 17, c. 2, p. 172.
Idem, in ep. ad Coloss. Hom. 7, c. 3, t. 11, p. 374.
Liban. or. 13, t. 2, p. 408 et 418. et or. 20, p. 517.
Theod. l. 5, c. 19.
Zos. l. 4, c. 41.
Soz. l. 7, c. 23.
Theoph. p. 60.