Ce jour affreux et funeste se passa à interroger et à convaincre les
coupables. La nuit était déjà venue; on attendait au dehors, dans des
transes mortelles, la décision des magistrats: on demandait à Dieu,
par les vœux les plus ardens, qu'il touchât le cœur des juges; qu'ils
voulussent bien accorder quelque délai, et renvoyer le jugement à
l'empereur, lorsque tout-à-coup les portes du prétoire s'ouvrirent.
On vit sortir à la lueur des flambeaux, entre deux haies de soldats,
les premiers de la ville chargés de chaînes, languissants et se
traînant à peine, les tortures ne leur ayant laissé de vie qu'autant
qu'il en fallait pour mourir de la main des bourreaux à la vue de
leurs concitoyens. On avait voulu commencer ce terrible exemple par
la punition des plus nobles. On les conduisit au lieu des exécutions.
Leurs mères, leurs femmes, leurs filles, plus mortes qu'eux-mêmes,
veulent les suivre et manquent de forces. Le désespoir les ranime;
elles courent, elles voyent leurs proches tomber sous le glaive et
tombent avec eux par la violence de leur douleur. On les emporte à
leurs maisons. Elles en trouvent les portes scellées du sceau public;
on avait déja ordonné la confiscation de leurs biens; et ces femmes
distinguées par leur rang et par leur naissance, sont réduites à
mendier un asyle, qu'elles ne trouvent qu'avec peine, la plupart de
leurs parents et de leurs amis refusant de leur donner retraite, de
peur de partager leur crime en soulageant leur infortune. On continua
pendant cinq jours de faire le procès aux coupables; plusieurs
innocents furent enveloppés dans la condamnation, s'étant déclarés
criminels dans la force des tortures. Les uns périrent par l'épée;
d'autres par le feu; on en livra plusieurs aux bêtes: on ne fit pas
même grace aux enfants. Tant de supplices ne rassuraient pas ceux qui
restaient; après tant de coups redoublés, la foudre semblait toujours
gronder sur leurs têtes: ils craignaient les effets de la colère du
prince; et quoiqu'il ne pût encore être instruit de la sédition,
on entendait sans cesse répéter dans la ville: _L'empereur sait-il
la nouvelle? Est-il irrité? L'a-t-on fléchi? Qu'a-t-il ordonné?
Voudra-t-il perdre Antioche?_ Pour effacer, s'il était possible, la
mémoire du soulèvement, chacun s'empressait de payer l'impôt qui
en avait été l'occasion. Loin de le trouver alors insupportable,
les habitants offraient de se dépouiller de tous leurs biens, et
d'abandonner à l'empereur leurs maisons et leurs terres, pourvu qu'on
leur laissât la vie.
[Note latérale: XXVII.
Changement des habitants d'Antioche.
Chrysost. Hom. 4, c. 2, hom. 6, c. 1, hom. 15, c. 1, hom. 17, c. 2,
hom. 18, c. 4.